Mgr Jean-Luc Brunin est président du comité épiscopal des migrants.

Au lendemain de l'évacuation de l'Église de Calais il écrivait:

 L’église  de Calais a été évacuée … et maintenant ?  

Ce matin, l’église St Pierre-St Paul de Calais a été évacuée. Les occupants ont été emmenés vers de nouveaux lieux d’hébergement. Mais rien n’est encore réglé, tout est encore à résoudre. Ces personnes réfugiées trouveront-elles réponse à leur attente d’une vie digne ? Pourrons-nous leur garantir les conditions d’accueil et d’accompagnement nécessaires pour qu’elles puissent ré-envisager leur avenir avec sérénité et confiance ? La possibilité d’un regroupement familial ou culturel sera-t-elle examinée avec soin, même si c’est en Grande Bretagne ? Et puis, il y a encore des réfugiés à Sangatte, d’autres qui sont sur les routes. Une mobilisation est nécessaire pour assumer cette situation difficile et y apporter des réponses satisfaisantes et dignes.  

Voici déjà un moment que l’Église interpelle les responsables politiques et les citoyens sur la question des migrants, et notamment celle des réfugiés. Si l’Église parle et interpelle les consciences, ce n’est pas parce qu’elle possèderait seule les réponses, ni qu’elle pourrait tirer de l’Évangile la solution au problème qui est loin d’être simple et unique. Les évêques, pas plus que les chrétiens engagés auprès des migrants, ne souhaitent donner des leçons. Mais ils veulent alerter et faire entendre la voix des sans voix, afin d’éveiller tous et chacun à sa part de responsabilité dans cette situation.  

Les raisons pour lesquelles des personnes quittent leur pays pour se lancer dans l’aventure, toujours traumatisante, de l’émigration sont diverses. Il y a d’abord l’insécurité et le danger vital liés à des crises politiques ou à des régimes totalitaires. Il y a aussi la misère liée au sous-développement. Nous connaissons aussi les chiffres effrayants et insupportables des victimes de la famine. Pour d’autres, le désir d’Europe demeure fort. Il est entretenu par les moyens modernes de communication qui imposent le mode de vie occidental comme seul normatif, au détriment des autres cultures. L’envie d’Europe pousse des jeunes à émigrer et délaisser ainsi leur pays qui, pourtant, aurait grand besoin d’eux. Enfin, avec le phénomène de la mondialisation, la mobilité humaine prend une nouvelle dimension et donne aux migrations un visage inédit.   

Face aux phénomènes migratoires, nous savons qu’il est illusoire de vouloir s’enfermer dans une auto-protection. De même que la gestion de ces mouvements ne peut se penser et s’organiser à partir des seuls besoins démographiques et économiques des pays riches. Il faut pouvoir appréhender et traiter les problèmes des migrations dans une perspective résolument ancrée dans le respect de la dignité de l’homme, du souci de la  justice et du développement solidaire entre pays du nord et pays du sud. Les réfugiés qui arrivent dans notre pays sont en droit d’attendre des conditions décentes d’accueil. Ils ont besoin de se poser pour reprendre souffle et ré envisager leur avenir. S’ils sont dans l’incapacité reconnue de retourner chez eux, ils doivent pouvoir être aidés pour leur intégration dans une société nouvelle. S’ils peuvent retourner chez eux, ils sont en droit d’être soutenus dans la construction d’un projet de retour avec, si possible, une perspective d’activité servant au  développement de la famille et du pays qu’ils vont retrouver. Au moment où nous réformons le droit d’asile, des mesures d’accueil et d’accompagnement seraient à mettre en place en ce sens.  

Dans leur  contribution à l’élaboration de la Convention européenne, les évêques de France ont appelé à la gestion européenne des questions migratoires. Les pays de l’Union européenne ne peuvent plus aller en ordre dispersé. Le cas de Sangatte est un bon exemple de dysfonctionnement entre la France et la Grande-Bretagne. Les réfugiés qui arrivent dans le Pas-de-Calais et dont nous savons que le retour au pays est impossible pour le moment, doivent pouvoir, s’ils le veulent, aller déposer leur demande d’asile dans ce pays de l’Union européenne. C’est le respect du droit d’asile garanti par la Convention de Genève qui est en cause.   

Enfin, si l’Église a été en première ligne dans cette question douloureuse, c’est parce qu’elle a choisi d’être solidaire et partenaire avec les réfugiés comme avec les sans papiers. Elle l’est de façon libre, au nom de sa foi au Christ et en fidélité à ce Dieu ami des hommes et miséricordieux qui l’interroge sans cesse : « Qu’as-tu fait de ton frère ? » L’Église se réjouit de voir que la situation des migrants en difficulté sorte de longs mois, voire d’années d’indifférence dans l’opinion publique. Celle-ci fut endormie par des considérations lénifiantes et naïves, mais surtout par des discours démagogiques et xénophobes qui ont masqué la gravité du problème et qui, développant à coups de slogans des recettes simplistes, ont parasité le vrai débat et la recherche de solutions à la hauteur du problème posé. Nous espérons que la voix des sans voix sera entendue et que la situation des réfugiés sera prise en compte de façon humaine et généreuse. L’Église veut apporter loyalement sa contribution dans un débat qui concerne l’ensemble des composantes de la société française ainsi que les responsables européens.     

Lille, le 14 novembre 2002.

+ Jean-Luc BRUNIN
Evêque auxiliaire de Lille
 Président du Comité épiscopal des Migrations

 

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