Extraits du document de Mgr Albert Rouet
"Faut-il avoir peur de la mondialisation?

Alors que se multiplient des actes de licenciements et fermetures d'entreprises, considérés comme de pure logique rationnelle économique (Danone Seclin, Levi's LaBassée, Lever Hauboudhin, Marks & Spencer (Lille et autres villes en France), Lu (Calais et Evry), alors que les protestations s'élèvent, qui prennent le parti des exclus, il est nécessaire de chercher à comprendre les mécanismes que les sociétés se donnent comme règles de vie; il importe aussi d'entendre les légitimes questions de la société civile à l'égard de la société privée. Puissent les quelques lignes ci-dessous, extraites du livre de Mgr Rouet donner le souci de penser à  frais nouveaux l'homme et la société. Ce n'est plus une question morale, c'est une question vitale pour le présent et l'avenir.

Monseigneur Albert Rouet faisait paraître en août 2000 un dossier intitulé "Faut-il avoir peur de la mondialisation?(DDB). De nombreuses pages méritent d'être lues et relues, en particulier dans la seconde partie: Église et société, défis mutuels. 

"Il ne manque pas de voix pour cantonner l'Église dans un rôle d'assistance (p.54), lui demandant de s'occuper par charité, des populations résiduelles pour panser les blessés d'une société qui renonce à se penser. (p.61).

En ces temps, la solidarité et l'humanitaire servent de protection: leurs actions pour les exclus ne provoquent pas dfe retour sur la société. Rien ne bouge. Réfléchir aux mécanismes de l'injustice et aux idéologies qui les couvrent est un devoir de conscience.(p.82)

La mondialisation a besoin de tranquillité et la fait régner par les armes ou par l'assistanat... (p. 58). Le libéralisme saisit les hommes un par un, car il leur assure les libertés de surface (comportement, voyages, consommation), à condition de ne pas mettre en cause les rouages des marchés qui échappent nécessairement aux capacités d'individus isolés... (p. 59).

Le christianisme naissant portait en lui deux principes: l'ouverture aux nations, dans un monde savamment quadrillé, et la vie en communauté de patriciens et d'esclaves....

    Restaurer une anthropologie
Dans les années 50, à la question de savoir pourquoi seul le communisme avait été condamné par l'Église et non pas le capitalisme, une des réponses faisait remarquer que le capitalisme ne s'était jamais constitué en corps de doctrine et restait donc insaisissable. Bel éloge de l'infiltration! De même qu'il existe la théorie de la « main invisible », les principes du capitalisme, invisibles agents de l'ombre, pénétraient les mentalités. La puissance de l'argent, l'âpreté des profits, la rudesse aveugle de la concurrence s'identifiaient invisiblement aux valeurs de la culture occidentale. Virus indétectables mais très actifs. Les idoles modernes n'ont pas de statues. Elles se confondent avec l'air du temps. C'est pourquoi la référence à la raison doit toujours être critiquée. Sinon, la raison devient tyrannique par ses lois et esclave des pouvoirs. Il faut donner à la raison une conscience.

Mgr Albert Rouet,  "Faut-il avoir peur de la mondialisation, DDB août 2000, p. 89


La société Danone va fermer ses usines de Ris-Orangis
Communication de Mgr Michel Dubost
évêque d'Evry-Corbeil-Essonne (30 mars 2001)

Comment ne pas se joindre à tous ceux qui manifestent leur sympathie à leur personnel ?
Comment ne pas penser aux familles bouleversées par ces décisions ?

Au-delà de la légitime émotion, cette fermeture doit interroger. Dans bien des domaines, aujourd'hui, le principe de précaution est évoqué. Ici, encore, c'est par précaution, pour prévoir les conséquences possibles d'une concurrence mondiale, que la direction a décidé de fermer l'établissement de Ris-Orangis, préventivement, dit-elle, pour ne pas le faire à chaud…

Le risque zéro n'existe pas. Une société sans risque est une société morte même s'il est légitime de prendre des précautions.

Mais la véritable question sociale aujourd'hui est de prévoir collectivement les risques acceptables : les responsables économiques ne peuvent pas décider, seuls, ce qu'il est convenable de faire sans en discuter avec toutes les personnes concernées. L'homme doit toujours être le sujet des décisions qui le mettent en cause.

Évry, le 30 mars 2001.

+ Michel Dubost
Évêque d'Évry-Corbeil-Essonnes

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