Le maître et les trois serviteurs
(ou : la Parabole des talents.)
C'est comme un
homme qui part au loin:
Il appelle ses propres serviteurs et il leur remet ses biens.
A l'un il donne cinq talents,
à un autre, deux, à un autre un:
à chacun selon la propre force.
Et il partit au loin.
Aussitôt, celui qui a reçu les cinq talents va les travailler: il gagne cinq autres.
De même celui des deux: il gagne deux autres.
Celui qui a reçu un seul s'en va, creuse en terre et cache l'argent de son maître.
Après beaucoup de temps vient le maître de ces serviteurs,
et il entreprend un dialogue avec eux.
S'approche celui qui a reçu les cinq talents. Il présente cinq autres talents en disant:
"Maître, cinq talents tu m'as donnés;
Vois! cinq autres talents j'ai gagnés!"
Son maître lui dit:
"Bien, serviteur bon et fiable.
Sur peu, tu as été fiable; sur beaucoup je t'établirai. Entre dans la joie de ton maître."
S'approche celui qui a reçu les deux talents.
Il présente deux autres talents en disant:
"Maître, deux talents tu m'as donnés;
Vois! deux autres talents j'ai gagnés!"
Son maître lui dit:
"Bien, serviteur bon et fiable.
Sur peu, tu as été fiable; sur beaucoup je t'établirai. Entre dans la joie de ton maître."
S'approchant aussi, celui ayant reçu un unique talent dit:
"Maître, je te connais, toi, que tu es un homme dur:
moissonnant où tu n'as pas semé, rassemblant où tu n'as pas dispersé.
J'ai craint: je suis allé cacher ton talent dans la terre.
Vois: tu as ce qui es tien".
Son maître répond et lui dit:
"Malheureux serviteur, et hésitant!
Tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé,
que je rassemble où je n'ai pas dispersé.
Tu devais donc placer mon argent chez les banquiers,
et, à ma venue, j'aurais retrouvé ce qui est mien, avec un intérêt."
"Prenez-lui donc le talent et donnez à celui qui a dix talents.
Car: à tout homme qui a, il sera donné, et il aura du surplus.
Mais à qui n'a point, même ce qu'il a lui sera pris.
Et le serviteur inutilisable, lancez-le dehors dans la ténèbre extérieure.
Là sera le pleur, le grincement de dents."
Les Talents (Matthieu, 25, 14-30).
Cette parabole en choque plus d'un.
En effet, l'habitude a été prise de
comprendre Dieu comme un maître qui met en gérance, provisoirement ses biens,
puis qui vient régler ses comptes avec ses serviteurs. Dans ce cas, le
troisième a vraiment raison de dire de lui qu'il est dur et exigeant.
Mais si l'on accepte de bien faire attention aux mots employés par Matthieu
pour rapporter cette parabole, nous pouvons comprendre autrement. Il est dit que
le maître donne; mais il n'est pas dit qu'il reprend. Quand aux deux
premiers serviteurs, ils présentent deux autres talents; ils ne rendent ni les
talents qu'ils ont reçus, ni les autres talents qu'ils ont produits.
D'autre part, la traduction courante, pour parler du retour du maître, c'est
d'écrire qu'il demande des comptes. or, il semblerait plus juste d'écrire qu'ils
s'expliquent sur la gestion... Et c'est plus qu'une nuance. Ils ne rendent
ni leurs comptes, ni leur tablier... comme les partenaires gestionnaires d'une
affaire, ils font un tour d'horizon sur leurs affaires... voilà ce que çà a
produit!
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Nous sommes bien d'accord pour dire que sous les traits de l'homme qui part
(nul part il n'est question de maître), Et ils présentent le fruit de leur
propre travail Au contraire, le troisième n'a pas reçu
sa part comme un don, |
Le cadeau que Dieu nous fait
c'est de nous inviter à devenir dans notre liberté souveraine,
participant à son oeuvre créatrice,
devenant "à son image et ressemblance".
Nulle part, il n'est dit que Dieu cherche à faire de nous des esclaves,
ni qu'il veut agir envers nous comme un supérieur envers ses subalternes.
Bien au contraire, il cherche à faire de nous des fils, des héritiers (cf. Galates, 4, 4-7).
La prière sur le monde, écrite après avoir lu le premier chapitre de la genèse,
oriente notre méditation dans le même sens: Prière sur le monde.
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Talent: le talent est une unité monétaire. Il valait 6.000 deniers. Sachant qu'un denier correspond au salaire d'une journée de travail, un talent correspond donc à dix-sept années de travail. Deux talents représentent presque toute une vie de travail... Quant à cinq talents: aucun smicard n'en aurait reçu autant de toute sa vie. La démesure des chiffres, nous invite à interpréter cette parabole comme ci-dessus |
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La traduction peut étonner pour celui qui a l'habitude de lire d'autres traductions. Les mots employés ici sont une traduction plus proche de l'original grec. |
Cette présentation s'est inspirée de l'interprétation qu'en a donné Marie Balmary dans son livre: "Abel ou la traversée de l'Eden", Grasset 1999, p. 64-83 |