Quelques notes retenues de l'intervention de Bernard Perret

Le discours et le regard sur le travail changent 
très vite

Ce qui est dit du travail change vite. En 1995, on parlait de la "fin du travail". En 2.000 on assise à une baisse du chômage ( de 11,5% à 9,4%). On évoque même une pénurie de main- d'œuvre en certains secteurs d'activité. (informatique, administrations, hôtellerie).
Baisse du nombre de Rmistes, mais augmentation du nombre de travailleurs pauvres.
La croissance profite d'abord aux riches.

1945

1975

2.000

Trois périodes
à mettre en perspective.

Aprés 1945, trente années de plein emploi. Croissance économique et progrès social marchaient ensemble.
A partir de 1975, jusqu'en 1997, crise profonde de l'emploi.
Aujourd'hui, on assiste à une sortie vers le plein emploi.

Beaucoup d'entre nous vivent avec le modèle vécu avant 1975: 
* par le travail, on avait un statut social stable.
* il y avait cohérence entre le, niveau de formation et le poste auquel on accédait
* le monde du travail était un monde de droits collectifs respecté.

Si Aujourd'hui il y a reprise de l'emploi, on ne retourne pas à la case départ:
* mobilité croissante (de l'emploi et des employés)
* insécurité croissante devant le lendemain
* un monde d'individualités. (exemple: multiplicité des statuts dans une même entreprise)

L'entreprise
 hier et aujourd'hui.

Hier. Par exemple, le modèle Ford:  une grande entreprise, une entreprise basée sur la nation.
Aujourd'hui. développement des activités de services (c'est-à-dire de petites entreprises; mobilité, hétérogénéité des emplois, quelques emplois qualifiés et beaucoup de petits emplois précaires).
L'économie n'est plus basée sur la nation. Les contraintes sont plus fortes et la concurrence accrûe
Les unités
      de Temps, 
      de Lieu, 
      d'Action
remis en cause
Hier: 
* Unité de temps:
de 6h du matin à 8h du
    soir, tous ensemble
* Unité de lieu : même usine, même bureau,
    même "boîte".
* Unité d'action: production d'un produit précis, sous des ordres précis.
Aujourd'hui:
* Unité de temps: unité brisée, décalage, flexibilité, travail à temps et à contre temps.
* Unité de lieu : développement de la mobilité, travail à domicile etc.
* Unité d'action: nécessité de compétences multiples. travailler n'est plus produire un produit, suppose de s'inscrire dans un système de relations complexes.
 

 

Si la cohésion sociale et la solidarité se jouent
 dans le travail elles se jouent de plus en plus
 hors du travail.

Des exigences


L'économie comme jungle, est-ce un modèle vivable?

Le droit du travail est à développer:
* le travail, lieu où les individus sont défendus par des règles communes (ce n'est pas le cas de l'économie libérale).
* le travail, lieu de solidarité collective, où les plus faibles seront défendus par les plus forts: les syndicats et l'Etat (de même que l'Europe) ont leur rôle à jouer.
* la question d'un droit social européen est désormais posée. C'est une nécessité d'y répondre.
* Il est nécessaire de penser conjointement travail et non travail, d'interroger les entreprises sur leur place "responsable des deux". 
Cela suppose un monde économique qui ne soit pas seulement une jungle
La tradition française

La tradition française est une tradition de volontarisme étatique. Cela vient de l'histoire à la fois de l'Etat et des syndicats: 
* Attitude  interventionniste de l'État (depuis Louis XIV au moins!).
* Une tradition syndicale divisée avec faible culture de la négociation (comparer avec les pays anglo-saxons), et donc nécessité d'interventions de l'État.
Il est nécessaire de trouver un nouvel équilibre entre partenaires sociaux, avec davantage de démocratie. La mise en place des 35 heures est l'exemple d'un dialogue raté. 
L'État doit garder un rôle pour poser des gardes fous et veiller à la sécurité et la défense des petits.
Les syndicats sont nécessaires pour maintenir le sens collectif. 

La croissance économique: de quoi parle-t-on? 

La croissance économique a pour origine une demande, une réponse aux besoins: besoins de nécessité, avec désormais, un développement des besoins provoqués par la publicité. Il sera nécessaire d'hiérarchiser les besoins, d'humaniser la croissance, en particulier se rendre attentif à la qualité de vie sociale.

Pour aboutir à cela, il faudra de nouveaux indicateurs et points d'observation au niveau mondial, en particulier un indice de développement humain. Il y a divergence sur ce point entre la France et les Etats-Unis. La France se préoccupe davantage du développement humain. On ne peut en dire autant des USA, ni des organismes internationaux.

La notion de "capital social " va se développer et deviendra équivalent au "capital confiance", et donc capable d'influencer les  indices économiques.

 

Les chrétiens, acteurs sociaux

 avec ce qui fait l'originalité

 inscrite dans la tradition judéo-chrétienne 

Toute mutation économique accroît les inégalités:
est-ce une raison pour inviter à la patience?

René Girard a fait une étude sur la conception du sacrifice dans les différentes sociétés, en particulier sur la conception religieuse du sacrifice. 

Si l'on se réfère au monde romain, l'histoire y est regardée du côté des vainqueurs: le camp du vaincu est le camp de celui qui a tort. Peut-on parler des vaincus comme victimes, comme victimes innocentes?

La civilisation juive et, à sa suite, le christianisme ont provoqué à regarder l'histoire du côté des victimes. Si l'on tourne son regard vers Jésus-Christ, sa parole, sa présence au monde, on aboutit à un nouveau regard sur l'homme.

Les chrétiens ont aujourd'hui un devoir de présence à la société, en maintenant ce regard sur l'homme, son rapport au travail. On évitera cependant de jouer sur la distinction "chrétien" et "citoyen"; en effet  le chrétien est d'abord membre à part entière dans la société, et non extérieur à elle. Beaucoup de valeurs chrétiennes sont partagées par la (les) politique(s). Mais il y a toujours à les rendre visibles, présentes et agissantes.

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