Avril 2002: deux entreprises du soissonnais entreprennent des restructurations, plus de 600 salariés se retrouvent chômeurs malgré eux. Lors de manifestations, la statue en résine, symbolisant l'activité de la ville (l'archerie) est détériorée par la chaleur. Des ouvriers de la métallurgie vont travailler une nouvelle statue en métal. Il était demandé à Mgr Herriot d'intervenir au cours de l'inauguration . Voici le texte de l'intervention.

Manifestation du 21 Mai 2002 à l' archer

 Je vous salue tous cordialement.
 Depuis ce matin, nous avons marché ensemble, la marche de la protestation, de la solidarité, de l'espoir. Notre ville tout entière est concernée. Les cloches de nos églises et de la cathédrale ont sonné. Comme évêque, je suis venu avec les prêtres de la ville et les prêtres ouvriers. Nous sommes avec vous, solidaires. Habitants du Soissonnais, nous voici tous rassemblés autour du nouvel archer, ressuscité, un symbole d'espoir, malgré tout, en plein désastre économique et humain. Parmi vous, combien ont reçu ou vont recevoir une lettre de licenciement, en ce mois de mai ? Nous le savons, il y a des angoisses, des larmes, dans vos familles. Et que de souffrances secrètes, immenses, en silence!

 Rappelons-nous, le 26 juillet prochain, cela fera 3 ans que les 451 ouvriers de Wolber-Michelin ont appris, effarés, révoltés, la fermeture de leur usine. A nouveau, aujourd'hui, ça recommence pire encore. C'est inacceptable. Quel gâchis ! Que va devenir votre outil de travail ? Avec vos organisations syndicales, vous refusez la fatalité. Le rassemblement d'aujourd'hui, comme celui du 7 mai, en dit long sur votre drame et sur votre volonté de vous associer, toutes les usines de Soissons concernées, pour vous lever et crever l'écran de l' indifférence. Dans ce refus de la fatalité et de la résignation, dans ce souffle de vie qui relève et rassemble, il y a quelque chose de profond, de très important, en train de se construire, malgré le gâchis actuel et tout ce qui est en train de se détruire dans ces usines qui ferment. 

Le symbole de l'archer, recréé avec tant de dignité et de ferveur par les ouvriers de BSL, nous touche. Il parle au cœur et à la raison, puissamment. Ce symbole d'espoir est superbe. C'est un appel adressé aux personnes en responsabilité et à chacun, de tout milieu, un appel à la solidarité nationale, un appel à l'action. 

Vous le savez, à Soissons, la tradition de l'archerie est importante. D'une certaine façon, on peut dire que l'archerie, c'est la défense de ce qui est sacré. 

Aujourd'hui, à Soissons, ce qui est sacré, c'est l'emploi, le travail, la sécurité de l'avenir pour des centaines de familles menacées. C'est une dynamique de reconstruction. Ce qui est sacré, aujourd'hui, ce sont des hommes et des femmes. Ce sont des ouvriers qui veulent être respectés dans leur dignité et leur droit au travail pour vivre. 

Vos représentants syndicaux m'ont demandé de « baptiser » cet archer et de vous adresser ce message. Je le fais avec modestie et ferveur, dans le respect, bien sûr, de toutes les croyances. Pour « baptiser » cet archer, je me contenterai d'une formule brève et célèbre, qui est le cri de foi et de dignité de la « Jeunesse Ouvrière Chrétienne » (J.O.C.) repris aussi par l' Action Catholique Ouvrière (A.C.O.), et parmi vous, il y en a sûrement: 
« Un jeune travailleur vaut plus que tout l'or du monde, car il est fils de Dieu .» Puisse cet archer nous rappeler que l'homme, celui qui travaille et qui peine, tout homme et toute femme, quels qu'ils soient et surtout, bien sûr le plus démuni et le plus blessé, passent résolument avant les grands profits, avant l'argent-roi. Ce qui est sacré, c'est toute femme et tout homme. Voilà notre choix. Soissons veut vivre. Soissons doit vivre, avec tous.

+  Marcel HERRIOT

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