Déclaration des évêques de Lille, Mgr Defois, et Mgr Brunin, auxiliaire
    27 Avril 2001

A propos des licenciements à Lesquin (Nord)

Une fois de plus, notre région est victime de licenciements. Après Danone en 1998, Levi's l'an dernier, aujourd'hui des centaines de travailleurs de Selnor à Lesquin sont abandonnés, bien que, par des décennies de travail dans l'entreprise, ils aient contribué à sa valorisation internationale. Alors, au nom de leurs intérêts financiers , des actionnaires décident de licenciements. En quelques semaines, des années de travail sont oubliées, des employés performants sont rejetés sans vergogne. Même si, pour calmer le jeu, un plan social est proposé en maigre compensation, la dignité de ceux qui ont donné leur travail, leur compétence et leur confiance, est bafouée.
Les plus beaux discours sur "l'homme dans l'entreprise" semblent dérisoires par rapport à la puissance totalitaire des intérêts financiers. Nous ne pouvons que protester devant cette indifférence à l'égard des hommes, des femmes, des jeunes, victimes de la dictature de l'argent.
Pour l'Église, le problème économique est aussi spirituel et moral, et la foi chrétienne ne peut tolérer cette destruction systématique de l'espoir et de la fraternité quand domine l'intérêt financier ; elle rejoint en cela les réactions de tous les hommes de bonne volonté.
Aussi, comme cela a été fait pour Danone et Levi's, nous affirmons notre solidarité avec tous les travailleurs concernés et nous protestons contre ces pratiques qui révèlent un manque flagrant du sens des responsabilités.

+ Gérard Defois Evêque de Lille
+ Jean-Luc Brunin Evêque auxiliaire de Lille

Mgr Defois aura l'occasion de s'expliquer sur les positions sociales engagées 
prises par le chrétiens dans le monde économique actuel, 
d'une part dans la revue Croire aujourd'hui n° 116 de juillet-Août 2001, p. 23-25
d'autre part lors de la session proposée aux 18-30 ans à Lille en avril 2001 (Documentation Catholique n° 2248, p. 490-493)

Courrier de l’aumônerie générale du Secours Catholique
 suite aux déclarations des évêques. 

Dans ce ce courrier l'aumônerie appelle à savoir conjuguer trois dimensions : économique, sociale, humaine. Elle invite plus encore à relire les documents officiels de la pensée sociale de l’Église depuis un siècle. Elle invite surtout à savoir entendre les différents partenaires (et leurs approches différentes). La parole qui se fait entendre au Secours catholique est fondée sur la parole entendue et le regard porté sur les personnes rencontrées dans les lieux d’accueil du Secours Catholique. 

Les propos de Mgr Defois et Mgr Brunin sont très durs et ressentis douloureusement par nombre de membres des EDC, (Entrepreneurs et dirigeants chrétiens), surtout dans la région de Lille dont ces évêques sont les pasteurs. 

J'appelle cela un malentendu. 
Le chef d'entreprise,
nécessairement déterminé par la survie de son entreprise avec tous les emplois qu'elle génère, pense à l'ensemble de l'entreprise et se préoccupe d'appliquer la législation. Les évêques. eux, ne voient que des hommes confrontés à leur misère. Ils réagissent aux conséquences humaines. Ce qu'il faut, c'est faire du chemin ensemble des deux côtés. 
Il faut qu'il y ait de la part des Églises une compréhension toujours attentive à la dimension sociale et économique des conflits, étant entendu qu'elles donneront toujours la priorité à la dimension humaine, et que de leur côté, les chefs d'entreprise chrétiens, nécessairement attachés à la dimension économique et sociale, intègrent de plus en plus cette dimension humaine. A ce moment- là, Églises et dirigeants feront un rapprochement fondamental. 

Parallèlement, d'autres patrons qui ne s'embarrassent pas de ce genre de considérations n'ont peut-être même pas fait attention à cette prise de position. Paradoxe ? Je crains en effet que la prise de position des Évêques ne soit pas suffisamment prise en considération. Comme si on pensait qu'ils ne sont pas aptes à comprendre les problèmes économiques. L'enseignement social de l'Église, qui remonte dans son expression à la fin du XIXème siècle, est pourtant une somme de ce que l'on peut dire de pertinent et de profond sur la vie économique et sociale de la société contemporaine. Les Évêques en sont nourris. Il faut également que le milieu des affaires et, si possible, une plus large frange de l'opinion publique connaissent cet enseignement. Je suis en admiration devant ce qui a été écrit depuis tant d'années à ce sujet et qui devrait éclairer non seulement les chrétiens mais également ceux, non chrétiens, qui exercent des responsabilités sociales et politiques. 

 

Lettre de Monseigneur Jacques David, évêque d'Evreux
"Aux salariés de De Carbon à Andé, et à leurs délégués syndicaux"

Evreux le 10 avril 2001
Message des catholiques
du Diocèse d'Évreux


Les catholiques du diocèse d'Évreux, réunis en l'église Sainte Croix de Bernay à l'occasion de la semaine qui prépare à Pâques, adressent un message d'amitié à tout le personnel du site De Carbon d'Andé qui se trouve désormais sans emploi.
Nous nous joignons à tous ceux qui manifestent leur sympathie et nous pensons à toutes vos familles qui sont bouleversées par la décision de fermeture du site. Soyez assurés de notre solidarité à l'heure où une mesure brutale vous prive de votre travail sans tenir compte des personnes.
Nous remercions les Communautés chrétiennes de votre secteur de vous témoigner de cette solidarité.
Nous nous souvenons des différents messages de la rencontre l'an passé à Andé. Dans le même esprit, nous reprenons les paroles de l'évêque d'Évry-Corbeil-Essonne, Monseigneur Michel Dubost, le 30 mars à propos des suppressions d'emploi chez Danone : « Les responsables économiques ne peuvent décider, seuls, ce qu'il est convenable de faire sans en discuter avec toutes les personnes concernées. L'homme doit toujours être le sujet des décisions qui le mettent en cause. »
De même nous réaffirmons ce que disaient les Évêques du Comité épiscopal du monde ouvrier et du Secrétariat national de la Mission ouvrière dans leur déclaration du 1er mai 2000 : « Le travail est-il fait pour l'homme ? » : « Nous croyons en Dieu solidaire des hommes. Quand l'homme est blessé, atteint dans sa dignité, Dieu lui-même est touché.(.) Ce qui se passe aujourd'hui ne résulte pas de la fatalité mais de choix sociaux, économiques, politiques conscients. (.) Nous ne pouvons accepter que le travail soit considéré comme une simple marchandise. Dans son encyclique sur le travail, le pape Jean-Paul II écrivait : « L'Église  est convaincue que le travail constitue une dimension fondamentale de l'existence de l'homme sur la terre. Le travail est avant tout pour l'homme et non l'homme pour le travail. »
Alors que nous nous préparons à fêter Pâques, notre foi nous pousse à affirmer notre estime pour tout homme, toute femme et pour leur dignité et à prendre notre part pour que, dans la vie sociale, tous puissent être de véritables partenaires dans les décisions qui les concernent.

+ Jacques DAVID
Evêque d'Evreux

 Au sujet de la mondialisation (globalisation pour les anglo-saxons),
 On lira la déclaration de Jean-Paul II à l'audience du vendredi 27 avril 2001
 La lettre de Mgr Jaeger aux Calaisiens à propos de Lu-Danone dans le dossier LU  


Déclaration de Mgr Y.M. Dubigeon, évêque de Sées,
à propos de la fermeture de l'usine Moulinex d'Alençon.
Sées, le 12 mai 2001

" J'ai vu la misère de mon peuple, J'ai entendu son cri"

Cette parole, c'est Moïse lui-même qui la met sur les lèvres de Dieu. Je la fais mienne aujourd'hui, quelques jours après l'annonce de la fermeture de l'usine Moulinex d'Alençon et à une semaine de la grande manifestation du 19 mai.

Oui, j'ai entendu les cris, les inquiétudes, les angoisses des familles touchées et blessées par cet événement. Comment ne pas ressentir avec elles le rejet dont elles se sentent victimes, après tant d'années au service d'une entreprise ?

J'ai entendu les organisations ouvrières, dénoncer la logique économique et financière parmi les causes de cette situation dramatique. J'ai vu leur lutte vigoureuse et solidaire pour la défense des salariés, pour le droit au travail, pour une société où chacun ait sa place et son mot à dire.


J'ai entendu les responsables politiques, leur volonté de rassembler leurs compétences, de relever le défi de la ré industrialisation, de favoriser de nouvelles formations.

Etre reconnus comme personnes humaines, Dignes de respect et de confiance, beaucoup partagent cette aspiration avec ceux qui sont touchés aujourd'hui. N'est-il pas urgent de remettre la personne humaine au centre de tous nos choix économiques et sociaux ? Elle est aux yeux des chrétiens, le sommet de la création et l'image même de Dieu.

La mondialisation, les délocalisations, les restructurations semblent nous enlever toute maîtrise sur les évènements. L'avenir n'est-il pas aussi entre nos mains, dans nos engagements, dans nos vigilances ? L'Action Catholique Ouvrière d'Alençon le rappelait le 1er mai dernier : "Nous voulons participer à la création d'un monde d'amour, de justice, de paix."

Dans cet esprit, j'invite les catholiques de l'Orne à vivre une véritable solidarité avec les salariés de l'entreprise Moulinex, dans l'accueil, l'écoute et le service des plus fragiles d'entre eux, dans le partage de leur combat pour la dignité et la justice dans le soutien de tous ceux qui veulent reconstruire un avenir et réveiller l'espoir.


Déclaration de Mgr Marcel Herriot, évêque de Soissons, 15 janvier 2001

Une fois de plus, la calculette d'une multinationale a affiché les chiffres fatidiques: hier 451 chez Wolber-Michelin, aujourd'hui 508 chez Lu- Danone pour le département de l'Aisne (320 à Château- Thierry et 188 pour Jussy). Et, hélas, ce ne sont pas les seuls chiffres! On évoque aussi Vervins ! 

Pour cette fois, il ne s'agit encore que d'une annonce non confirmée. Se concrétisera-t-elle par la mise à mort de deux de nos sites industriels et le rejet de 508 employés ? Beaucoup le redoutent. Nous n'osons pas y croire. La révolte devant l'inacceptable est générale. Cela suffira-t-il ? 

Parlons clair: une fois de plus, des personnes risquent d'être sacrifiées sur l'autel du profit, sous la couverture pudique de la mondialisation. Ces personnes qui ont passé tant d'années de leur vie à travailler dur, à développer leur entreprise, pour faire vivre leur famille, ne seront-elles qu 'un chiffre qui s'affiche et s'efface sur le petit écran d'une calculette sans âme entre les doigts de détenteurs de capitaux pour développer des profits substantiels ?

 Nous refusons cette logique de l'argent qui engendre tant de blessures morales, d'injustices, de drames humains et sociaux et qui offense tant la dignité des personnes. 

Ceci étant, il ne s'agit pas de confondre cette logique mortelle avec la situation de tant d'entreprises qui créent et développent des emplois, font vivre tant de familles et ne se maintiennent en vie dans le contexte si difficile et concurrentiel d'aujourd'hui que par le courage, l'audace et le sens des responsabilités de dirigeants et de leurs employés. 

En fait, partout, des hommes et des femmes refusent la fatalité des mécanismes aveugles qui écrasent les personnes. Ils posent les fondations d'une demeure nouvelle dans laquelle les personnes seront accueillies, respectées, prises au sérieux. Chrétiens, nous voulons nous engager résolument avec les hommes de bonne volonté sur ce chantier de la vie et de l'avenir, parce que nous croyons à la dignité sacrée de nos frères, une dignité d'hommes et de femmes, de fils et de filles de Dieu. 

Au seuil du nouveau millénaire, nous voulons prendre au sérieux le défi que vient de nous lancer le pape Jean-Paul II dans son message de l'après jubilé d'une particulière gravité: «Notre monde entre dans le nouveau millénaire chargé des contradictions d'une croissance économique, culturelle, technologique, qui offre de grandes possibilités à quelques privilégiés, laissant des millions et des millions de personnes non seulement en marge du progrès, mais aux prises avec des conditions de vie bien inférieures au minimum qui leur est dû en raison de leur dignité humaine. » 

Apporter chacun sa pierre, si modeste soit-elle, à la construction de la maison commune, voilà le défi. Il s'agit de sauver l'homme ! 

Marcel Herriot Evêque de Soissons 

De leur côté, les membres de l' ACO , du site de Vervins, réagissent aussi contre un article du journal local et font paraître le communiqué suivant : «Suite au titre «Qui Lu cru»? paru dans La Thiérache du jeudi 18janvier 2001, concernant Heudebert- Vervins, « ça croustille... on ne se fait pas de bile»

En tant que chrétiens, militants d'ACO (Action catholique ouvrière), nous voulons dire que nous ne sommes pas d'accord sur la manière de présenter les restructurations au sein du groupe Lu-Danone. Nous voulons défendre ceux qui risquent de perdre ou vont perdre leur emploi: ce sont quand même des vies brisées. On ne peut pas laisser croire que le monde ouvrier n'est pas solidaire. Quand une usine ferme, ça nous fait mal parce qu'on se dit: «Encore l'ouvrier qui subit!», à plus forte raison quand il -s'agit d'une usine de notre groupe. En tant que chrétiens notre solidarité ne connaît pas de frontière: «Le Christ est semblable à un corps qui se compose de différentes parties. ..Si une partie du corps souffre, tout le corps souffre avec elle. » (I Corinthiens 12, 12 -26) Ouvriers de Vervins, de Toulouse, Château- Thierry , Calais,... d'Italie, de Hollande, de Belgique,... tout ce qui arrive aux uns concerne aussi les autres. L'ACO de Vervins (02) 


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