Emploi,

L'ACO et restructurations d'entreprises.

Page récapitulative des articles 2001-2002

Avril 2002

Déclaration ACO Béthune septembre 02
Mars 2001 

Juillet 2001 

Octobre 2001

 Janvier 2002

Avril 2002

Un an après la vague furieuse des licenciements, pour la plupart, au lendemain des élections et avec un cynisme inconnu jusqu'alors, voici maintenant le temps du silence, le calme plat. Même Mr Sellières, qui avait décidé d'en découdre a préféré se taire. Si des voix s'élèvent ici ou là, elles ne sont guère entendues. A Longuenesse, la fermeture d'une usine spécialisée en informatique ne fait pas la une. Au 31 mars, les cokeries de Drocourt ont fermé définitivement  et leur porte, et le statut de "mineurs des HBNPC". 

Il y a tant de vacarme ailleurs, en particulier au pays de Jésus-Christ pour que les médias ne relaient plus les réalités d'ici, les conditions de vie de plusieurs millions de français.  Çà explique, mais ce n'est pas une raison pour se taire. D'autres raisons, comme l'approche des élections provoquent les décideurs à faire le dos rond tant ils craignent que leurs pratiques n'entraînent des élections contre leurs intérêts. Quand aux nombreux spectateurs de la campagne électorale, ils ne croient guère les belles promesses; ils ne comptent même plus les points... quel débat y a-t-il? Marianne mérite mieux, et elle peut mieux faire, avec la participation réactivée de chacun. 

 

Janvier 2002

Le bureau diocésain de l'A.C.O. du Pas-de-Calais s'est réuni début janvier. Il a étudié les questions actuelles de restructurations d'entreprises en Pas-de-Calais. Au premier janvier, plus de 2100 salariés (de PME) sont  concernés par des plans de restructuration. Il faut y ajouter près de 600 intérimaires non comptabilisés dans ces chiffres. Il faudrait pouvoir comptabiliser également les suppressions d'emploi "à l'unité" qui ne font pas la une des journaux. Le commerce local, la sous-traitance et la vie locale sont directement concernées par cette dégradation de l'emploi, mais n'est pas comptabilisé ici..

Les raisons invoquées pour justifier les plans sont multiples. Lorsque le dossier arrive au Comité d'Entreprise, tout est déjà ficelé, parfois même l'accord de licenciement est déjà signé; ce qui ne signifie pas que tout est fini. Là où existent des organisations syndicales, il se passe quelque chose. Là où il n'y a rien, la liquidation est encore plus atroce qu'ailleurs. 

Réduction de personnel, fermeture totale, déplacements dans d'autres régions, mise à la retraite anticipée, plans de formation, parfois relance de l'activité de l'entreprise, perspectives de ré-industrialisation des sites abandonnés, aides diverses font partie des discussions, perspectives et mesures à l'étude.

On a pu constater que là où les entrepreneurs prévoyaient les difficultés et acceptaient de rencontrer les services compétents, il y a eu non seulement sursis, mais résurrection d'une activité moribonde. (Pour une ville particulièrement sinistrée, sur 10  plans de fermeture d'entreprises, 5 ont pu être sauvées... cela a demandé du courage de part et d'autre. La fatalité n'est pas toujours inéluctable). Ailleurs, 150 emplois ont pu être sauvés alors que la banque avait décidé la mort de l'entreprise. 

(Je vous invite, à ce sujet,  à lire l'histoire du débiteur impitoyable de l'Évangile... ainsi en est-il de ce banquier peu scrupuleux alors que lui-même avait été sauvé de la faillite il y a quelques années)

Le rôle des syndicats, souvent décrié, est pourtant fort utile, lorsqu'il peut participer à la discussion avant qu'il ne soit trop tard. Cela suppose aux salariés de se tenir informés, attentifs aux signes des temps. Il y a des sonnettes d'alarmes pour l'œil perspicace.  Démocratie et participation aux décisions font partie des valeurs de la République. C'est un art de la négociation où tout n'est pas possible, mais où tout peut se discuter, où tout à un prix, même le licenciement. La lutte pour l'emploi, lorsqu'il est trop tard se transforme alors en lutte pour la dignité, pour une fin honorable, pour des reclassements ou des  primes de licenciements). La lutte pour une société à visage humain est possible quand chacun joue son rôle: état, autorités préfectorales, services administratifs, politiques, entrepreneurs, salariés. Mais que l'un se défausse, et joue perso, alors le pire est possible.

Le rôle de l'information est prépondérant. Le poids de l'opinion publique également. Ainsi rien n'est plus détestable pour une entreprise à l'enseigne honorable que de découvrir combien son image de marque est décriée pour son manque de transparence, ou manque de civilité envers ses salariés. (voir les actions menées avec le CCFD pour "l'éhique sur l'étiquette", ou avec agirici et bien d'autres). Toute lutte est une lutte pour la vie et chacune vaut le coup d'être vécue. Seul le désespoir entraîne le recours à la dynamite, à l'explosion. Même les matières inertes explosent quand on ne prend pas de précaution. A plus forte raison pour les êtres de chair et de sang. 

Le rôle de l'ACO. Il n'est pas de guérir toutes les misères du monde! On lui reproche de n'être pas présente dans l'organisation du forum des mouvements chrétiens pour la précarité; on lui reproche de ne pas prêcher Jésus-Christ explicitement! L'ACO ce sont avant tout des chrétiens qui veulent encore espérer de l'avenir humain du monde économique et politique, pour qui la charité ne commence pas après le massacre, mais avant. Beaucoup d'énergie et de la part des plus hautes autorités sociales sont dépensées en aval des plans de licenciement, trop peu en amont. Pour leur part, les membres de l'A.C.O. restent aux côtés de ceux qui croient en une organisation économique et politique plus soucieuse de tout homme. Sans doute est-ce une utopie. C'est leur manière à eux de témoigner de ce qu'est l'Incarnation (mort et résurrection) du Christ hier et aujourd'hui. Avec les organisations que se donnent les travailleurs, avec le souci d'entretenir cette flamme, ils sont présents "pour qu'un vivre-ensemble soit possible", pour qu'un regard humain sur l'homme soit encore partagé.

Ce sont des éléments de ce débat qui sont apportés lors de la rencontre avec Mgr Jaeger, en ce début Janvier.

Juillet 2001

Suite: Octobre 2001 
Levi's... 3 ans

Çà fuit de partout!

Sur le département du Pas-de-Calais, après les annonces de restructurations et d'extraordinaires sensibilisations populaires, voici venu le temps des soldes: de nombreuses sociétés moins importantes que Lu-Danone et Max Spencer annoncent à leur tour, fermetures, dépôts de bilan, plan sociaux, restructurations.

Un vrai juillet noir que la période estivale ne pourra masquer longtemps. Les Cokes, à Drocourt, Alcatel à Calais, Dim à Ruitz, la dentelle, la confection à Courrières etc., etc., La vague est trop importante pour laisser croire que cela est dû à la seule fatalité ou l'absence de demande de consommation. Les récentes prises de bénéfices outre atlantique, ainsi que le refus de prendre en compte les coûts sur l'homme et son environnement, dans les comptes d'exploitation, ne sont sans doute pas étrangers à l'actuelle dégradation de l'emploi. Pour la seule journée du 24 juillet, l'industrie mondialisée annonce la suppression de près de 40.000 postes. En un coup de fourchette et deux coups de couteau, et que çà saute: ABB:12.000; Ivensis: 6.000; Lucent: près de 20.000.

Face à une l'idéologie omnisciente du progrès et de la création de biens, au vu des ravages créés chez les gagne-petit-pain malheureusement bien connus des services sociaux et des services d'assistance, publiques ou privés, des entrepreneurs et dirigeants chrétiens s'interrogent sur une possible dynamique de résistance et de protestation. Les organismes caritatifs soutiennent les paroles des évêques, (pourquoi parlent-ils?) les organisations syndicales continuent leurs actions de défense des salariés, et de sensibilisation de l'opinion. Le vent de la colère et du désespoir se fera-t-il entendre au cœur du vent de l'été et du bruit des petites affaires des grands du microcosme français?

L'addition, s'il vous plaît? Tableau d'efficacité de plans sociaux mondiaux depuis le 1er janvier 2001

  Emplois supprimés Société Domaine d'activité Pays d'origine

10.000

Philips

Télécommunications

Pays-Bas

30.000

Nortel

Télécommunications

Canada

49.000

Lucent

Télécommunications

Etats-Unis

30.000

Motorola

Electronique-Télécom

Etats-Unis

20.000

Solectron

Electrronique

Etats-Unis

35.500

Daimler-Chrysler

Automobile

Allemagne

20.000

Ericsson

Automobile

Suède

20.000

Electron

Electronique

Etats-Unis

12.000

ABB

Electromécanique

Suisse-Suède

6.000

Invensys

Electromécanique

Grande-Bretagne

33.000

Unilever

Agroalimentaire

Grande-Bretagne

Source: Le Monde juin 2001

Octobre 2001: 
Depuis le début de l'année, le nombre de dépôts de bilan a augmenté de 26% pour les sociétés à gros chiffre d'affaire, par rapport à 2000.Les investissement en capital ont chuté de 24%. Parmi les causes, au-delà des motifs de conjoncture, il faut désormais ajouter le souci des filiales françaises de soutenir (le maintien et la hausse) des bénéfices des maisons-mères situées hors de France. La hausse des coûts de production est également mise en avant, ainsi que le passage aux 35 h. à l'étranger. Une inquiétude se fait jour pour le dernier trimestre concernant les PME , en particulier dans le bâtiment, les travaux publics et les services. 

Trois ans déjà!
En octobre 98, les ouvrières de Lévi's de La Bassée, (Nord), manifestaient dans les rues de Lille... La société américaine avait annoncé la prochaine fermeture de l'entreprise. Depuis, à peine 30% des 541 licenciées ont retrouvé un emploi (CDD, intérimaires, et rares CDI). Simultanément, en Belgique, trois autres entreprises avaient jeté à la rue plus de 930 salariés. Levi's La Bassée fermera définitivement en mars 1999. On a pu constater l'inefficacité des plans et des cellules de reclassement.  Tout avait été fait pour faire croire au zéro licenciement sec, pour culpabiliser les personnels sur leur incompétence à la mobilité, sur leur inaptitude à être formée à de nouveaux emplois (quels sont donc les emplois proposés à cette partie du bassin minier de Lens-Hénin-Carvin, où le taux de chômage voisine les 17%? -La moyenne nationale est de 9%-). Certaines d'entre elles ont monté une pièce de théâtre qui raconte leur histoire... Cette pièce sera rejouée du 31 octobre au 4 novembre, Parc de la Villette, à Paris, aux "rencontres 2001"... une manière de relever le défi de l'humiliation. Quelques-unes d'entre elles se retrouvent et pour partager leurs raisons de croire et d'espérer, avec la mission ouvrière à Vendin-le-Vieil

Invitation à lire: 
Deux articles du Monde Diplomatique -octobre 2001- mènent enquête et analysent ce qui s'est passé pour les Levi's: le point de la situation, mais aussi les fonctionnements de la société à l'égard de celles et ceux que l'on sacrifie. Il est hélas à craindre que les mêmes disfonctionnements n'apparaissent pour les prochaines vagues sur le Pas-de-Calais et ailleurs: Danone, Dim,  Alcatel,  Sollac, Cokeries de Drocourt ou Benalu.

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La misère est inéluctable dans le système actuel
mais le système actuel n'est pas inéluctable!