Monseigneur Gérard HUYGHE

Né à Lille le 31 août 1909, il a été ordonné prêtre le 29 juin 1933.

Docteur en théologie et en Droit canonique, il a été successivement directeur au Grand Séminaire de Lille, puis chargé de la vie religieuse dans le diocèse et Official, avant d’être nommé archiprêtre de Dunkerque.

Élu évêque d’Arras le 15 décembre 1961, il a été ordonné évêque à Lille le 11 avril 1962 avant d’être intronisé en la Cathédrale d’Arras le 15 avril 1962.

Le début de son épiscopat a été fortement marqué par sa participation au Concile Vatican II.

Pendant vingt-deux ans, il s’est attaché à promouvoir la prise en charge de la vie des hommes par des chrétiens engagés selon l’Évangile.

Dans ce but, il a encouragé le développement des mouvements d’Action Catholique tout en restant ouvert à de nouvelles formes d’expression chrétienne qui sont apparues après la fin du Concile.

Très influencé par sa formation d’historien, il a toujours porté son attention sur les événements du monde. Il les observait avec recul et une réelle ouverture aux évolutions en cours.

En dépit de difficultés de santé, qui l’ont fait beaucoup souffrir de ses bras, surtout à partir de 1982, il a assumé son ministère d’évêque jusqu’à l’âge de 75 ans.

Il a démissionné de sa charge le 25 septembre 1984. Il a vécu sa retraite dans le diocèse d’Arras.

Il est décédé à Arras le samedi 27 octobre 2001.

Les funérailles ont eu lieu en la cathédrale d'Arras
le mercredi 31 octobre à 10h30


Notice biographique rédigée par Henri Tincq, le monde du 31 octobre.

Ancien évêque d'Arras (Pas-de-Calais), Mgr Gérard Huyghe est mort samedi 27 octobre à Arras à l'âge de quatre-vingt-douze ans.

«L'évêque est le père et le frère des pauvres» : Mgr Gérard Huyghe collait exactement à cette définition de l'évêque que donnait, le jour même de sa mort, un synode d'évêques du monde entier réuni à Rome (Le Monde daté 28-29 octobre). Cet homme du Nord, né à Lille en 1909, ordonné prêtre en 1933 par le cardinal Liénart, son père spirituel, nommé en 1962 évêque d'Arras, restera l'évêque des mineurs en grève, des chômeurs et des immigrés, l'avocat d'une Église ouverte aux réalités sociales et populaires. «Bête noire » des milieux patronaux et politiques de droite, ce non-violent, motivé par les seules exigences de l'Évangile, passera longtemps pour un «évêque rouge». 

La longue grève qui, en 1963, oppose les mineurs du Nord-Pas-de-Calais au général de Gaulle, alors au faîte de sa gloire présidentielle, fait connaître le jeune évêque d'Arras. Celui-ci prend publiquement la défense des ouvriers de la mine, déplore leurs conditions de travail, les menaces qui pèsent sur leur santé, les retards de leurs salaires. Il fait lire des messages dans les églises où il défend les syndicats ouvriers. «Cette grève nous concerne tous. Nous devons nous sentir solidaires de toute souffrance», écrit-il. Il sera aussi présent près des familles endeuillées dans 1es catastrophes minières comme celle de Liévin en 1975.

Mgr Huyghe soutient les mouvements d'Action catholique (Jeunesses ouvrière, agricole, étudiante chrétiennes), qui sont alors une pépinière de militants ouvriers et politiques. Il est aussi de tous 1es combats contre l'apartheid en Afrique du Sud, contre les dictatures en Amérique latine, contre la torture. Il défend les immigrés qui font leurs premières grèves de la faim et sera chargé par l'épiscopat du secrétariat pour les relations avec l'islam, instance en charge du dialogue entre catholiques et musulmans. 

Après avoir participé au concile Vatican Il (1962-1965), Mgr Huyghe sera le témoin des crises qui le suivront. Il dénonce la dissidence traditionaliste de Mgr Lefebvre, son «compatriote» du Nord, subit les menaces des «silencieux de l'Église » pour son attitude jugée progressiste, défend les prêtres-ouvriers contre les suspicions romaines, résiste à la désaffection du clergé, confie des responsabilités aux laïcs pour faire face à la désaffection des vocations sacerdotales. Il fait aussi scandale en approuvant le baptême «par étapes», par souci d'authenticité du sacrement, ou en autorisant des obsèques religieuses pour les divorcés-remariés.

 L'ancien évêque d'Arras, qui avait quitté ses fonctions en 1984, fait partie de cette génération d'évêques engagés, trempés dans cette tradition sociale, missionnaire, oecuménique, d'une hiérarchie catholique à qui certains reprochent aujourd'hui d'être devenue trop discrète.         Henri Tincq

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