Le souverain Pontife Benoit XVI publie une lettre
au sujet des liturgies dans l'Eglise catholique

Annoncée de longe date, une lettre apostolique en forme de motu proprio a été dévoilée au public chrétien et au monde le 7 juillet 2007. Il met sur un pied d'égalité la célébration de la messe selon le rite approuvé par Paul VI en 1970, dans la suite du concile, et la messe dite de Pie V, issue du concile de Trente (16ème siècle). La vraie question n'est pas le retour au passé en liturgie, mais le fait que cela entraine l'acceptation d'une vision du monde datant du XVIème siècle avec une philosophie et ne conception du monde, du rapport de la foi chrétienne au monde antérieurs aux affirmations de Vatican II, parfois même en contradiction avec les décisions ou souhaits de Vatican II.

Cette lettre personnelle est un cri du cœur, mais elle est aussi l'expression de bien des chrétiens catholiques qui se demande si l'impossible unité avec les héritiers de Mgr Lefebvre vaut bien une messe.


Arras le 7 juillet 2007

A sa sainteté Benoît  XVI

Sa sainteté voudra bien lire ces quelques lignes, qui expriment une profonde souffrance. Le sentiment ressenti est celui d’avoir été trahi par la hiérarchie qui m’a un jour appelé. Vous nous avez trahis.

Ordonné prêtre peu après le concile Vatican II par notre regretté Mgr Gérard Huyghe, j’ai essayé de répondre à l’attente qu’il avait formulé en me demandant d’intégrer la paroisse Saint Paul d’Arras, où plusieurs prêtres avaient reçu mission de chercher comment annoncer l’Evangile auprès de personnes habitant les nouveaux quartiers, constitués essentiellement de barres HLM, habitat inconnu (ou non pris en compte) jusqu’alors dans le diocèse. Après avoir longtemps hésité devant une telle tâche, j’ai accepté cette nomination. Par la suite, le chemin presbytéral m’a conduit comme aumônier diocésain de mouvements d’Action catholique et à d’autres responsabilités diocésaines. Certes, nous n’avons pas réussi à rechristianiser la France, mais nous avons honnêtement cherché, proposé et offert l’Evangile de Jésus, imitant le Christ sur les chemins de Palestine où il allait à la rencontre de ceux, éloignés du Temple et dépréciés des autorités, qui se croyaient abandonnés de Dieu.

Aujourd’hui, le choix de sa sainteté de libéraliser la messe tridentine dite de Pie V, revient à considérer comme inutile, voire nul ce qui a pu être fait depuis 1965, puisqu’il suffirait de revenir aux pratiques anciennes, ou tout au moins qu’elles sont équivalentes aux autres démarches. Cette décision donne des gages de bonne foi à ceux qui depuis plus de quarante années ont craché sur le bon pape Jean et son successeur Paul VI, calomniant ceux qui ont cherché à mettre en œuvre les intuitions de Vatican II, transcrites parfois de manière peu compréhensive dans les textes officiels, fruits de laborieux compromis dont sa sainteté fût à la fois témoin et auteur.

Sa sainteté dit vouloir promouvoir la mise en œuvre des actes du Concile et vouloir l’unité de l’Eglise. Je n’en doute pas, mais dans les faits, ce choix est reçu par les courants conservateurs comme une reconnaissance, de fait, de leur liturgie et de leur pensée théologique. La dernière déclaration de Mgr Fellay au journal La Croix est à cet égard éclairante : « comment un tel concile a-t-il pu avoir lieu ? » (11 juin 2007). Cette restauration du rite ancien ne serait donc qu’une étape avant la restauration de l’Eglise antéconciliaire.

Il est fort probable que vous me répondrez qu’il faut prier pour sa sainteté, le souverain Pontife. Je vous remercie d’avance de votre réponse.

Post-scriptum : On pourra lire, de saint Paul, en 1 corinthiens (1 Co 14,19)
“Dans une assemblée, je préfère dire cinq paroles intelligibles pour instruire les autres, plutôt que dix mille en langues”

Abbé Emile Hennart

11, rue Ferdinand Buisson

62000 Arras

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