Pie IX, 1937

On combattra ainsi cette incohérence, cette discontinuité dans la vie chrétienne, que Nous avons déplorée tant de fois, et qui fait que certains hommes, apparemment fidèles à remplir leurs devoirs religieux, mènent, avec cela, par un déplorable dédoublement de conscience dans le domaine du travail, de l'industrie ou de la profession, dans leur commerce ou leur emploi, une vie trop peu conforme aux exigences de la justice et de la chante chrétiennes; d’où scandale pour les faibles, et facile prétexte offert aux méchants de jeter sur l'Église elle-même le discrédit. 

Pie XII, Radio message Pentecôte 1941

Ne vous laissez pas induire en erreur par les fabricants de théories fausses et malsaines, tristes courants qui entraînent non à l'accroissement, mais à la désagrégation et à la corruption de la vie religieuse; courants qui prétendent que, la Rédemption appartenant à l'ordre de la grâce surnaturelle et étant, par suite, oeuvre exclusive de Dieu, elle n'a pas besoin le notre coopération sur cette terre. Oh! déplorable inintelligence de oeuvre de Dieu! " Dicentes enim se esse sapientes, stulti facti sunt  (Ils disent qu'ils sont sages; en fait ils sont fous)... Comme si le premier effet de la grâce n'était pas de soutenir nos sincères efforts pour remplir chaque jour les commandements de Dieu, et comme individus, et comme membres de la société. Comme si depuis deux mille ans ne vivait pas et ne persévérait pas dans l'âme de l'Église le sentiment le la responsabilité collective de tous pour tous 

Jean XXIII, Mater et Magistra

Qu'ils veuillent bien y réfléchir: si dans leurs activités temporelles ils n'observent pas, en matière sociale, les principes et règles donnés par l'Église et que Nous confirmons, ils manquent à leur devoir, ils peuvent souvent léser les droits d'autrui et même faire perdre confiance dans 1a doctrine de Église, comme si, excellente en théorie, elle était dépourvue l'efficacité réelle dans la conduite de la vie. 

Gaudium et Spes 43 (Vatican 2)

Aide que l'Église, par les chrétiens, cherche à apporter à l'activité humaine

1. Le Concile exhorte les chrétiens, citoyens de l'une et de l'autre cité, à remplir avec zèle et fidélité leurs tâches terrestres, en se laissant conduire par l'esprit de l'Évangile. Ils s'éloignent de la vérité ceux qui, sachant que nous n'avons point ici-bas de cité permanente, mais que nous marchons vers la cité future, croient pouvoir, pour cela, négliger leurs tâches humaines, sans s'apercevoir que la foi même, compte tenu de la vocation de chacun, leur en fait un devoir plus pressant. Mais ils ne se trompent pas moins ceux qui, à l'inverse, croient pouvoir se livrer entièrement à des activités terrestres en agissant comme si elles étaient tout à fait étrangères à leur vie religieuse, celle-ci se limitant alors pour eux à l'exercice du culte et à quelques obligations morales déterminées. 

Ce divorce entre la foi dont ils se réclament et le comportement quotidien d'un grand nombre est à compter parmi les plus graves erreurs de notre temps. Ce scandale, déjà dans l'Ancien Testament les prophètes le dénonçaient avec véhémence et, dans le Nouveau Testament, avec plus de force encore, Jésus-Christ Lui-même le menaçait de graves châtiments.

Que l'on ne crée donc pas d'opposition artificielle entre les activités professionnelles et sociales d'une part, la vie religieuse d'autre part. En manquant à ses obligations terrestres, le chrétien manque à ses obligations envers le prochain, bien plus, envers Dieu lui- même, et il met en danger son salut éternel.

Paul VI Octogesima adveniens (14 mai 1971)

 APPEL A L'ACTION 
Nécessité de s'engager dans l'action 

48. Dans le domaine social, l'Église a toujours voulu assurer une double fonction: éclairer les esprits pour les aider à découvrir la vérité et discerner la voie à suivre au milieu des doctrines diverses qui les sollicitent; entrer dans l'action et diffuser, avec un souci réel du service et de l'efficacité, les énergies de l'Évangile. N'est-ce pas pour être fidèle à cette volonté que l'Église a envoyé en mission apostolique, parmi les travailleurs, des prêtres qui, en partageant intégralement la condition ouvrière, veulent y être les témoins de sa sollicitude et de sa recherche C'est à tous les chrétiens que nous adressons à nouveau et de façon pressante un appel à l'action. Dans notre encyclique sur le développement des peuples, nous insistions pour que tous se mettent à l'œuvre : " Les laïcs doivent assumer comme leur tâche propre le renouvellement de l'ordre temporel; si le rôle de la hiérarchie est d'enseigner et d'interpréter authentiquement les principes moraux à suivre en ce domaine, il leur appartient, par leurs libres initiatives et sans attendre passivement consignes et directives, de pénétrer d'esprit chrétien la mentalité et les mœurs, les lois et les structures de leur communauté de vie .Que chacun s'examine pour voir ce qu'il a fait jusqu'ici et ce qu'il devrait faire. Il ne suffit pas de rappeler des principes, d'affirmer des 'intentions. de souligner des injustices criantes et de proférer des dénonciations prophétiques: ces paroles n'auront de poids réel que si elles s'accompagnent pour chacun d'une prise de conscience plus vive de sa propre responsabilité et d'une action effective. Il est trop facile de rejeter sur les autres la responsabilité des injustices, si on ne perçoit pas en même temps comment on y participe soi-même et comment la conversion personnelle est d'abord nécessaire. Cette humilité fondamentale enlèvera à l'action toute raideur et tout sectarisme; elle évitera aussi le découragement en face d'une tâche qui apparaît démesurée. L'espérance du chrétien lui vient d'abord de ce qu'il sait que le Seigneur est à l'œuvre avec nous dans le monde, continuant en son Corps qui est l'Église -et par elle dans l'humanité entière- la Rédemption qui s'est accomplie sur la Croix et qui a éclaté en victoire au matin de la Résurrection . Elle vient aussi de ce qu'il sait que d'autres hommes sont à l'œuvre pour entreprendre des actions convergentes de justice et de paix, car sous une apparente indifférence, il y a au cœur de chaque homme une volonté de vie fraternelle et une soif de justice et de paix, qu'il s'agit d'épanouir.

49. Ainsi, dans la diversité des situations, des fonctions, des organisations, chacun doit situer sa responsabilité et discerner, en conscience, les actions auxquelles il est appelé à participer. .Mêlé à des courants divers où, à côté d'aspirations légitimes, se glissent des orientations plus ambiguës, le chrétien doit opérer un tri vigilant et éviter de s'engager dans des collaborations inconditionnelles et contraires aux principes d'un véritable humanisme, même au nom de solidarités effectivement ressenties. S'il veut, en effet, jouer un rôle spécifique, comme chrétien en accord avec sa foi -rôle que les incroyants eux-mêmes attendent de lui -, il doit veiller, au sein de son engagement actif, à élucider ses motivations, à dépasser les objectifs poursuivis dans une vue plus compréhensive qui évitera le danger des particularismes égoïstes et des totalitarismes oppresseurs. 

Pluralisme des options 
50. Dans les situations concrètes et compte tenu des solidarités vécues par chacun, il faut reconnaître une légitime variété d'options possibles. Une même foi chrétienne peut conduire à des engagements différents. L'Église invite tous les chrétiens à une double tâche d'animation et d'innovation afin de faire évoluer les structures pour les adapter aux vrais besoins actuels. Aux chrétiens qui paraissent, à première vue, s'opposer à partir d'options différentes, elle demande un effort de compréhension réciproque des positions et des motivations de l'autre; un examen loyal de ses comportements et de leur rectitude suggéra à chacun une attitude de charité plus profonde qui, tout en reconnaissant les différences, n'en croit pas moins aux possibilités de convergence et d'unité. " Ce qui unit les fidèles en effet est plus fort que ce qui les sépare. "

 Il est vrai que beaucoup, insérés dans les structures et les conditionnements modernes, sont déterminés par leurs habitudes de pensées, leurs fonctions, quand ce n'est pas par la sauvegarde d'intérêts matériels. D'autres ressentent si profondément les solidarités, de classes et de cultures, qu'ils en viennent à partager sans réserve tous les jugements et les options de leur milieu. Chacun aura à cœur de s'éprouver soi- même et de faire surgir cette vraie liberté selon le Christ, qui ouvre à l'universel au sein même des conditions plus particulières.

 51. C'est là aussi que les organisations chrétiennes, sous leurs formes diverses, ont également une responsabilité d'action collective. Sans se substituer aux institutions de la société civile, elles ont à exprimer, à leur manière et en dépassant leur particularité, les exigences concrètes de la foi chrétienne dans une transformation juste et par conséquent nécessaire de la société. Aujourd'hui plus que jamais, la parole de Dieu ne pourra être annoncée et entendue que si elle s'accompagne du témoignage de la puissance de l'Esprit Saint, opérant dans l'action des chrétiens au service de leurs frères, aux points où se jouent leur existence et leur avenir. 

Gaudium et Spes 3 (Vatican 2)

Le service de l'homme 

1, De nos jours, saisi d'admiration devant ses propres découvertes et son propre pouvoir, le genre humain s'interroge cependant, souvent avec angoisse, sur l'évolution présente du monde, sur la place et le rôle de l'homme dans l'univers, sur le sens de ses efforts individuels et collectifs, enfin sur la destinée ultime des choses et de l'humanité. Aussi le Concile, témoin et guide de la foi de tout le Peuple de Dieu rassemblé par le Christ, ne saurait donner une preuve plus parlante de solidarité, de respect et d'amour à l'ensemble de la famille humaine, à laquelle ce peuple appartient, qu'en dialoguant avec elle sur ces différents problèmes, en les éclairant à la lumière de l'Évangile, et en mettant à la disposition du genre humain la puissance salvatrice que l'Église, conduite par l'Esprit Saint, reçoit de son Fondateur. C'est en effet l'homme qu'il s'agit de sauver, la société humaine qu'il faut renouveler. C'est donc l'homme, l'homme considéré dans son unité et sa totalité, l'homme, corps et âme, cœur et conscience, pensée et volonté, qui constituera l'axe de tout notre exposé. 

2. Voilà pourquoi, en proclamant la très noble vocation de l'homme et en affirmant qu'un germe divin est déposé en lui, ce Saint Synode offre au genre humain la collaboration sincère de l'Église pour l'instauration d'une fraternité universelle qui réponde à cette vocation. Aucune ambition terrestre ne pousse l'Église; elle ne vise qu'un seul but : continuer, sous l'impulsion de l'Esprit Consolateur, l'œuvre même du Christ, venu dans le monde pour rendre témoignage à la vérité, pour sauver non pour condamner, pour servir non pour être servi.

L'ACTIVITÉ HUMAINE DANS L'UNIVERS. 

GS 33. Position du problème 

1 Par son travail et son génie, l'homme s'est toujours efforcé de donner un plus ample développement à sa vie. Mais aujourd'hui, aidé surtout par la science et la technique, il a étendu sa maîtrise sur presque toute la nature, et il ne cesse de l'étendre; et, grâce notamment à la multiplication des moyens d'échange de toutes sortes entre les nations, la famille humaine se reconnaît et se constitue peu à peu comme une communauté une au sein de l'univers. Il en résulte que l'homme se procure désormais par sa propre industrie de nombreux biens qu'il attendait autrefois avant tout de forces supérieures. 

2. Devant cette immense entreprise, qui gagne déjà tout le genre humain, de nombreuses interrogations s'élèvent parmi les hommes: quels sont le sens et la valeur de cette laborieuse activité? Quel usage faire de toutes ces richesses ? Quelle est la fin de ces efforts, individuels et collectifs ? L'Église, gardienne du dépôt de la Parole divine, où elle puise les principes de l'ordre religieux et moral, n'a pas toujours, pour autant, une réponse immédiate à chacune de ces questions; elle désire toutefois joindre la lumière de la Révélation à l'expérience de tous, pour éclairer le chemin où l'humanité vient de s'engager. 

GS 44. Aide que l'Église reçoit du monde d'aujourd'hui 

1. De même qu'il importe au monde de reconnaître l'Église comme une réalité sociale de l'histoire et comme son ferment, de même l'Église n'ignore pas tout ce qu'elle a, reçu de l'histoire et de l'évolution du genre humain

2. L' expérience des siècles passés, le progrès des sciences, les richesses cachées dans les diverses cultures, qui permettent de mieux connaître l'homme lui-même et ouvrent de nouvelles voies à la vérité, sont également utiles à l'Église. En effet, dès les débuts de son histoire, elle a appris à exprimer le message du Christ en se servant des concepts et des langues des divers peuples et, de plus, elle s'est efforcée de le mettre en valeur par la sagesse des philosophes: ceci afin d'adapter l'évangile dans les limites convenables, à la compréhension de tous et aux exigences des sages. A vrai dire, cette manière appropriée de proclamer la parole révélée doit demeurer la loi de toute évangélisation. C'est de cette façon. en effet, que l'on peut susciter en toute nation la possibilité d'exprimer le message chrétien selon le mode qui lu! convient, et que l'on promeut en même temps un échange vivant entre l'Église, et les diverses cultures. 
Pour accroître de tels échanges, l'Église surtout de nos jours où les choses vont si vite et où les façons de penser sont extrêmement variées,
a particulièrement besoin de l'apport de ceux qui vivent dans le monde, qui en connaissent les diverses institutions, les différentes disciplines, et en épousent les formes mentales, qu'il s'agisse des croyants ou des , incroyants. Il revient à tout le Peuple de Dieu, notamment aux pasteurs et aux théologiens, avec l'aide de l'Esprit Saint, de scruter, de discerner et d'interpréter les multiples langages de notre temps et de les juger à la lumière de la parole divine, pour que la Vérité révélée puisse être sans cesse mieux perçue, mieux comprise et présentée sous une forme plus adaptée. 

3. Comme elle possède une structure sociale visible, signe de son unité dans le Christ, l'Église peut aussi être enrichie, et elle l'est effectivement, par le déroulement de la vie sociale: non pas comme s'il manquait quelque chose dans la constitution que le Christ lui a donnée, mais pour l'approfondir, la mieux exprimer et l'accommoder d'une manière plus heureuse à notre époque. L'Église constate avec reconnaissance qu'elle reçoit une aide variée de la part d'hommes de tout rang et de toute condition, aide qui profite aussi bien à la communauté qu'elle forme qu'à chacun de ses fils. En effet, tous ceux qui contribuent au développement de la communauté humaine au plan familial, culturel, économique et social, politique (tant au niveau national qu'au niveau international) apportent par le fait même, et en conformité avec le plan de Dieu, une aide non négligeable à la communauté ecclésiale, pour autant que celle-ci dépend du monde extérieur. Bien plus, l'Église reconnaît que, de l'opposition même de ses adversaires et de ses persécuteurs, elle a tiré de grands avantages et qu'elle peut continuer à le faire.

 Octogesimo adveniens Paul VI
42. Devant tant de questions nouvelles, l'Église fait un effort de réflexion pour répondre, dans son domaine propre, à l'attente des hommes. Si aujourd'hui les problèmes paraissent originaux par leur ampleur et leur urgence, l'homme est-il démuni pour les résoudre? C'est avec tout son dynamisme que l'enseignement social de l'Église accompagne les hommes dans leur recherche. S'il n'intervient pas pour authentifier une structure donnée ou pour proposer un modèle préfabriqué, il ne se limite pas non plus à rappeler quelques principes généraux: il se développe par une réflexion menée au contact des situations changeantes de ce monde, sous l'impulsion de l'Évangile comme source de renouveau, dès lors que son message est accepté dans sa totalité et dans ses exigences. Il se développe aussi avec la sensibilité propre de l'Église, marquée par une volonté désintéressée de service et une attention aux plus pauvres. Il puise enfin dans une expérience riche de plusieurs siècles qui lui permet d'assumer, dans la continuité de ses préoccupations permanentes, l'innovation hardie et créatrice que requiert la situation présente du monde.

Extrait de "Justice pour tous", lettre des évêques des Etats-Unis 1948... 

Nous savons que quelques-unes de nos recommandations spécifiques sont sujettes à controverse. En tant qu'évêques nous n'avons pas l'intention de formuler ces jugements prudentiels avec une autorité égale à celle qui marque nos déclarations sur les principes. Mais nous nous sentons obligés d'enseigner par l'exemple comment les chrétiens peuvent entreprendre une analyse concrète et prendre position de manière la précise sur des problèmes économiques. Les enseignements de l'Église ne peuvent pas en rester au niveau de belles généralités...

Nous sommes conscients que le passage du principe à l'application (aux politiques) est complexe et difficile. Bien que les valeurs morales soient quelque chose d'essentiel pour la détermination des mesures d'ordre public à prendre, elles ne dictent pas par elles-mêmes les solutions concrètes. La valeur de nos jugements prudentiels ne dépend pas de la seule force morale de nos principes mais aussi de l'exactitude de nos informations et de la solidité de nos hypothèses... Nous nous attendons à ce qu'on discute nos recommandations particulières. Nous désirons cependant que nos avis en ces matières soient l'objet d'une considération attentive par les catholiques lorsqu'ils ont à déterminer si leur propre jugement moral est en harmonie avec l'Évangile et avec l'enseignement social catholique. (extrait de "Justice économique pour tous". L'enseignement social catholique et l' économie américaine. Lettre pastorale des Évêques des États-Unis. Trad. fr., présentation J.-Y CALVEZ. Éd. Le Cerf, Paris. 1988.

Déclaration Créer et partager, en septembre 1988 : "Ces orientations ou applications particulières n'ont pas la même autorité que les principes généraux issus de la tradition de l'Église. Nous les présentons aux fidèles catholiques comme des suggestions que leurs pasteurs estiment devoir faire dans l'exercice de leur ministère. Nous invitons chacun à s'interroger sur sa propre pratique. (Documentation Catholique 1988, 988). 

Paul VI Octogesima Adveniens (lettre au cardinal Roy, 1971)

4. Face à des situations aussi variées, il nous est difficile de prononcer une parole unique, comme de proposer une solution qui valeur universelle. Telle n'est pas notre ambition, ni même notre mission. Il revient aux communautés chrétiennes d'analyser avec objectivité la situation propre de leur pays, de l'éclairer par la lumière des paroles  inaltérables de l'Évangile, de puiser des principes de réflexion, des normes de jugement et des directives d'action dans l'enseignement social de l'Église tel qu'il s'est élaboré au cours de l'histoire et notamment, en cette ère industrielle, depuis la date historique du message de Léon XIII sur " la condition des ouvriers ", dont nous avons l'honneur et la joie de célébrer aujourd'hui l'anniversaire. A ces communautés chrétiennes de discerner avec l'aide de l'Esprit- Saint, en communion avec les évêques responsables, en dialogue avec les autres frères chrétiens et tous les hommes de bonne volonté, les options et les engagements qu'il convient de prendre pour opérer les transformations sociales, politiques et économiques qui s'avèrent nécessaires avec urgence en bien des cas. Dans cette recherche des changements à promouvoir, les chrétiens devront d'abord renouveler leur confiance dans la force et l'originalité des exigences évangéliques. L'Évangile n'est pas dépassé parce qu'il a été annoncé, écrit, vécu dans un contexte socioculturel différent. Son inspiration, enrichie par l'expérience vivante de la tradition chrétienne au long des siècles, reste toujours neuve pour la conversion des hommes et le progrès de la vie en société, sans que pour autant on en vienne à l'utiliser au profit d'options temporelles particulières, en oubliant son message universel et éternel. 

Caractère communautaire de la vocation humaine dans le plan de Dieu ..

GS 24 § 1. Dieu, qui veille paternellement sur tous, a voulu que tous  les hommes constituent une seule famille et se traitent mutuellement comme des frères. Tous, en effet, ont été créés à l'image de Dieu, qui a fait habiter sur toute la face de la terre tout le genre humain issu d'un principe unique. (Act. 17, 26), et tous sont appelés à une &seule et même fin, qui est Dieu lui-même. 

§ 2. A cause de cela, l'amour de Dieu et du prochain est le premier et le plus grand commandement. L'Écriture, pour sa part, enseigne que l'amour de Dieu est inséparable de l'amour du prochain : I... tout autre commandement se résume en cette parole: tu aimeras le prochain comme toi-même... La charité est donc la 101 dans sa plénitude. (Rom. 13, 9-10; cf. 1 Jean 4, 20). Il est bien évident que cela est d'une extrême importance pour des hommes de plus en plus dépendants les uns des autres et dans un monde sans cesse plus unifié. 

§ 3. Allons plus loin: quand le Seigneur Jésus prie le Père pour que tous soient un..., comme nous nous sommes un. (Jean 17, 21-22), il ouvre des perspectives inaccessibles à la raison 

et il nous suggère qu'il y a une certaine ressemblance entre l'union des personnes divines et, celle des fils de Dieu dans la vérité et dans l'amour. Cette ressemblance montre bien que l'homme, seule créature sur terre que Dieu a voulue pour elle-même, ne peut pleinement se trouver que par le don désintéressé de lui-même ..) 

Interdépendance de la personne et de la société 

GS 25 § 1. Le caractère social de l'homme fait apparaître qu'il y a interdépendance entre 1'essor de la personne et le développement de la société elle-même. En effet, la personne humaine qui, de par sa nature-même,- a absolument besoin d'une vie sociale, est et doit être le principe, le sujet et la fin de toutes les institutions. La vie sociale n'est donc pas pour l'homme quelque chose de surajouté ; aussi c'est par l'échange avec autrui, par la réciprocité des services, par le dialogue avec ses frères que l'homme grandit selon toutes ses capacités et peut répondre à sa vocation. 

§ 2. Parmi les liens sociaux nécessaires à l'essor de l'homme, certains, comme la famille et la communauté politique, correspondent plus immédiatement à sa nature intime; d'autres relèvent plutôt de sa libre volonté. De nos jours, sous l'influence de divers facteurs, les relations mutuelles et les interdépendances ne cessent de se multiplier: d'où des associations et des institutions variées; de droit public ou privé. Même si ce fait, qu'on nomme socialisation, n'est pas sans danger, il comporte cependant de nombreux avantages qui permettent d'affermir et d'accroître les qualités do la personne, et de garantir ses droits .. 

§ 3. Mais si les personnes humaines reçoivent beaucoup de la vie sociale pour l'accomplissement de leur vocation, même religieuse, on ne peut cependant pas nier que les hommes, du fait des contextes sociaux dans lesquels ils vivent et baignent dès leur enfance, se trouvent souvent détournés du bien et portés au mal. Certes, les désordres, si souvent rencontrés dans l'ordre social, proviennent en partie des tensions existant au sein des structures économiques, politiques et sociales. Mais, plus radicalement, ils proviennent de l'orgueil et de l'égoïsme des hommes, qui pervertissent aussi le climat social. Là où l'ordre des choses a été vicié par les suites du péché, l'homme , déjà enclin au mal par naissance, éprouve de nouvelles incitations qui le poussent à pécher: sans efforts acharnés sans l'aide de la grâce, il ne saurait les vaincre.

Nécessité. de dépasser une éthique individualiste

 GS. 30 § 1. L'ampleur et la rapidité des transformations réclament d'une manière pressante que personne, par inattention à l'évolution des choses ou par inertie, ne se contente d'une éthique individuelle. Lorsque chacun, contribuant au bien commun selon ses capacités propres et en tenant compte des besoins d'autrui, se préoccupe aussi, et effectivement, de l'essor des institutions publiques ou privées qui servent à améliorer les conditions de vie humaines, c'est alors et de plus en plus qu'il accomplit son devoir de justice et de charité. Or il y a des gens qui, tout en professant des idées larges et généreuses, continuent à vivre en pratique comme s'ils n'avaient cure des solidarités sociales. Bien plus, dans certains pays, beaucoup , font peu de cas des lois et des prescriptions sociales. Un grand nombre ne craignent pas de se soustraire, par divers subterfuges et fraudes, aux justes impôts et aux autres aspects de la dette sociale. D'autres négligent certaines règles de la vie en société, comme celles qui ont trait à la sauvegarde de la santé ou à la conduite des véhicules, sans même se rendre compte que, par une telle insouciance, ils mettent en danger leur propre vie et celle d'autrui.

§ 2. Que tous prennent très à cœur de compter les solidarités sociales parmi les principaux devoirs de l'homme d'aujourd'hui, et de les respecter. En effet, plus le monde s'unifie et plus il est manifeste que les obligations de l'homme dépassent les groupes particuliers pour s'étendre peu à peu à l'univers entier. Ce qui ne peut se faire que si les individus et les groupes cultivent en eux ]es valeurs morales et sociales et les répandent autour d'eux. Alors, avec le nécessaire secours de la grâce divine, surgiront des hommes vraiment nouveaux, artisans de l'humanité nouvelle. '

Responsabilité et participation 

GS 31 § 1.  Pour que chacun soit mieux armé pour faire face à ses responsabilités, tant envers lui-même qu'envers les différents groupes dont il fait partie, on aura soin d'assurer un plus large développement culturel, en utilisant les moyens considérables dont le genre humain dispose aujourd'hui. Avant tout, l'éducation des jeunes, quelle que soit leur origine sociale, doit être ordonnée de telle façon qu'elle puisse susciter des hommes et des femmes qui ne soient pas seulement cultivés, mais qui aient aussi une forte personnalité, car notre temps en a le plus grand besoin. 

§ 2, Mais l'homme parvient très difficilement à un tel sens de la responsabilité si les conditions de vie ne lui permettent pas de prendre conscience de sa dignité et de répondre à sa vocation en se dépensant au service de Dieu et de ses semblables. Car souvent la liberté humaine s'étiole lorsque l'homme tombe dans un état d'extrême indigence, comme elle se dégrade lorsque, se laissant aller à une vie de trop grande facilité, il s'enferme en lui-même comme dans une tour d'ivoire.  Elle se fortifie en revanche lorsque l'homme accepte les inévitables contraintes de la vie sociale, assume les exigences multiples de la solidarité humaine et s'engage au service de la communauté des hommes.

§ 3. Aussi faut-il stimuler chez tous la volonté de prendre part aux entreprises communes. Et il faut louer la façon d'agir des nations où dans une authentique liberté, le plus grand nombre possible de citoyens participe aux affaires publiques. Il faut toutefois tenir compte des conditions concrètes de chaque peuple et de la nécessaire fermeté des pouvoirs publics. Mais pour que tous les citoyens soient poussés à participer à la vie des différents groupes qui constituent le corps social, il faut qu'ils trouvent en ceux-ci, des valeurs qui les attirent et qui les disposent à se mettre au service de leurs semblables. On peut légitimement penser que l'avenir est entre les mains de ceux qui auront su donner aux générations de demain des raisons de vivre et d'espérer. 

Le Verbe incarné. et la solidarité humaine 

GS. 32 § 1. De même que Dieu a créé les hommes non pour vivre en solitaires, mais pour qu'ils s'unissent en société, de même il lui  a plu aussi de sanctifier et de sauver les hommes non pas isolément :" hors de tout lien mutuel; il a. voulu au contraire en faire un peuple qui le connaîtrait selon la vérité et le servirait dans la sainteté.

 Aussi, dès le début de l'histoire du salut, a t il choisi des hommes non seulement à titre individuel, mais en tant que membres d'une communauté. Et ces élus, Dieu leur a manifesté son dessein et les a appelés son peuple. (Ex. 3, 7-12). C'est avec ce peuple qu'il a en outre, conclu l'Alliance du Sinaï 

 § 2. Ce caractère communautaire se parfait et s'achève dans l'œuvre de Jésus-Christ. Car le Verbe incarné en personne a voulu entrer dans le jeu de cette solidarité. Il a prit part aux noces de Cana, il s'est invité chez Zachée, il a mangé avec les publicains et les pécheurs. C'est en évoquant les réalités les plus ordinaires de la vie sociale, en se servant des mots et des images de l'existence la plus quotidienne, qu'il a révélé aux hommes l'amour du Père et la magnificence de leur vocation. II a sanctifié les liens humains, notamment ceux de la famille, source de la vie sociale. II s'est volontairement soumis aux lois de sa patrie. Il a voulu mener la vie même d'un artisan de son temps et de sa région. 

§ 3. Dans sa prédication, il a clairement affirmé que des fils de Dieu ont l'obligation de se comporter entre eux comme des frères. Dans sa prière, il a demandé que tous ses disciples soient. un .. Bien plus, lui-même s'est offert pour tous jusqu'à la mort, lui, le rédempteur de tous. .Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ses amis. (Jean 15, 13). Quant à ses apôtres, il leur a ordonné d'annoncer à toutes les nations Je message évangélique, pour faire du genre humain la famille de Dieu, dans laquelle la plénitude de la loi serait l'amour. 

§ 4. Premier-né parmi beaucoup de frères, après sa mort et sa résurrection, par le don de son Esprit il a institué, entre tous ceux qui l'accueillent par la foi et la charité, une nouvelle communion fraternelle: elle se réalise en son propre Corps, qui est l'Église. En ce Corps, tous, membres les uns des autres, doivent s'entraider mutuellement, selon la diversité des dons reçus. 

§5 Cette solidarité devra sans cesse croître, jusqu'au jour où elle trouvera son couronnement: ce jour-là, les hommes, sauvés par sa grâce, famille bien-aimée de Dieu et du Christ leur frère, rendront à Dieu une gloire parfaite.

La destination universelle des biens de la terre 

Centesimus annus, JP II 
5. Il n'y a aucun doute qu'on ne doive affirmer simultanément avec la propriété individuelle la destination universelle des biens de la terre. Celui qui en est propriétaire doit toujours se souvenir de cette destination et ainsi, tandis que ces biens garantissent sa liberté, ils servent aussi à protéger et à développer la liberté des autres. Quant au contraire, il les soustrait à cette fonction complémentaire et essentielle, il les soustrait par suite au bien commun, trahissant la fin pour laquelle ils lui ont été confiés. Aucune économie libérale ne peut fonctionner longtemps et répondre aux conditions d'une vie humainement plus digne si elle n'est pas encadrée par de solides structures juridiques et politiques, et surtout, si elle n'est pas soutenue et" vivifiée " par une forte conscience morale et religieuse. 

Cette position, à la fois idéale et réelle, s'enracine dans la nature humaine elle-même. L 'homme, en effet, est un être qui " ne peut se réaliser pleinement sinon par le libre don de lui-même " (Gaudium et spes, 24). Il est un. sujet unique et qu'on ne peut reproduire, qu'on ne peut jamais absorber dans une masse humaine indistincte bien qu'il accomplisse pleinement son destin quand il sait dépasser son intérêt individuel limité et s'allier aux autres êtres humains par de multiples liens. Ainsi naît la famille. Ainsi naît la société. 

Même le travail, dans sa structure interne, valorise à la fois l'autonomie de la personne et la nécessité de se lier au travail des autres. L 'homme travaille avec les autres, il entre en relation avec eux par le travail. Ces relations peuvent être d'opposition, de concurrence ou d'oppression, mais aussi de coopération et d'appartenance à une communauté solidaire. 

L'homme en outre, ne travaille pas seulement pour lui-même mais aussi pour les autres, à commencer par sa propre famille jusqu'à la communauté locale, à la nation et à toute l'humanité. C'est à cette réalité que le travail doit servir : dans le travail lui-même s'exprime le don de soi libre et fécond. En confirmant donc l'étroite connexion entre la propriété individuelle et la destination universelle des biens, la doctrine sociale de l'Église ne fait rien d'autre que resituer l'activité économique dans le cadre plus élevé et plus large de la vocation générale de l'homme. 

Le principe de subsidiarité. Importance du principe de subsidiarité élaboré en 1931 par le Pape Pie XI dans l'encyclique Quadragesimo anno. Voici comment Pie XI décrit ce principe : 

86. II est vrai sans doute, et l'histoire en fournit d' abondants témoignages, que, par suite de l'évolution des conditions sociales, bien des choses que l'on demandait jadis à des associations de moindre envergure ne peuvent plus désormais être accomplies que par de puissantes collectivités. II n'en reste pas moins  indiscutable qu'on ne saurait ni changer ni ébranler ce principe si grave de philosophie sociale : de même qu'on ne peut enlever aux particuliers, pour les transférer à la communauté, les attributions dont ils sont capables de s'acquitter de leur seule initiative et par leurs propres moyens, ainsi ce serait commettre une injustice, en même temps que troubler d'une manière très dommageable l'ordre social, que de retirer aux groupements d'ordre inférieur, pour les confier à une collectivité plus vaste et d'un rang plus élevé, les fonctions qu'ils sont en mesure de remplir eux-mêmes. 

87. L'objet naturel de toute intervention en matière sociale est d'aider tes membres du corps social, et non pas de les détruire ni de les absorber. 

88..Que l'autorité publique abandonne aux groupements de rang inférieur le soin des affaires de moindre importance où se disperserait à l'excès son effort ; elle pourra dès lors assurer plus librement, plus puissamment, plus efficacement les fonctions qui n'appartiennent qu'à elle, parce qu'elle seule peut les remplir ; diriger, surveiller, stimuler, contenir selon que le comportent les circonstances ou l' exige la nécessité. Que les gouvernements en soient donc bien persuadés : plus parfaitement sera réalisé l'ordre hiérarchique des divers groupements selon ce principe de la fonction supplétive de toute collectivité, plus grandes seront l'autorité et la puissance sociale, plus heureuse et plus prospère l'état des affaires publiques.

Le Bien commun selon l'Église .

GS 26-1 Plusieurs documents proposés font référence au " bien commun". 
Voici là définition que les Pères de Vatican II donnent a ce terme :
            Parce que les liens humains s'intensifient et s'étendent peu à peu à l'univers entier, le bien commun, c'est-à-dire cet ensemble de conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu'à chacun de leurs membres, d'atteindre leur perfection d'une façon plus totale et plus aisée, prend aujourd'hui une extension de plus en plus universelle, et par :suite recouvre des droits et des devoirs qui concernent tout le genre humain. Tout groupe doit tenir compte des besoins et des légitimes aspirations des autres groupes, et plus encore du bien commun de l'ensemble de la famille humaine." 

L'agenda social du Vatican.

En avril 2000, le Conseil Pontifical Justice et Paix rendait public un "agenda social", aide-mémoire de 369 paragraphes collectant les enseignements des déclarations et encycliques sociales des papes, de Léon XIII à Jean-Paul II. Les principaux thèmes contemporains y sont confrontés à la doctrine sociale de l'Église: rôle de l'État, économie, nature du travail, pauvreté et mondialisation sont notamment évoquées. Ce document se retrouve intégralement sur Internet