Présentation par Mr Pierre Marie Empis.

Pierre-Marie Empis est enseignant en économie à l’Université d’État de Lille.III. Il collabore avec  l’Université catholique de Lille. pour certains cours (économie et enseignement social de l'Église).
Ce document renvoie à des textes de la Bible et de l'enseignement de l'Église dont on trouvera la présentation dans d'autres pages, voir liens en haut de page, ou dans le cours des pages. explications.

 Introduction.

 L'Église catholique employait autrefois l'expression “Doctrine sociale”. Avec Vatican II, l’expression “enseignement social” a remplacé l’ancienne formulation. Jean-Paul II a repris “doctrine sociale”. parfois est employée l'expression "discours social". Le mot social est à entendre au sens de « tout ce qui concerne les questions de société» Cela va donc bien au delà des activités de type caritatif. Les oeuvres caritatives, en faveur des pauvres, pour la paix, le développement sont innombrables. Le discours social de l’Église englobe l’ensemble des questions de société, qu’elles soient d’ordre politique, économique, éthique. L’objectif est de clarifier des enjeux, de mettre en évidences des points importants, d’élucider certains paramètres.  

L’Église dans sa vie, comme groupe social, est amenée à gérer son rapport à l’argent, au pouvoir, au débat, sur le rôle des femmes. Elle a été amenée à écrire des textes qui deviendront textes de référence.  . Pourquoi un enseignement social ? Pie XI : Si l’Eglise n’a pas à s’immiscer dans les affaires temporelles, cependant, il faut distinguer trois niveaux (QA 46) :  celui des « lois économiques[1] »,  celui du jugement global sur l’économie. Pour les croyants, la finalité ultime de l’existence humaine, c’est “de servir et louer Dieu”. (St Augustin : tu nous as fait pour toi, et notre cœur est ans repos tant qu’il ne se repose en toi…). 

Pour Pie IX, le but de l’économique,  est le même que celui de l’existence humaine.  Entre ces deux niveaux, existe un niveau intermédiaire, celui des choix, là où s’établissent ou non des liens entre la gestion de l’économie et le niveau des fins ultimes. C’est à ce niveau que se situe la loi morale : il y est question d’humanisation. L’Église s’y intéresse parce qu’il est question d’humanité, d’humanisation : “comment le fait que nous soyons créés pour vivre en frères et en Fils à l’intérieur de la trinité, interroge et fait transformer le niveau économique, politique et social ?”. L’Église s’y intéresse, parce qu’il y est question de l’homme, et que l’Église à mission de leur annoncer la Bonne Nouvelle et d’y instaurer le Royaume.  

Une responsabilité essentielle des chrétiens  

 Les papes ont toujours insisté sur cette responsabilité concernant la vie sociale. Les dimensions sociales sont constitutives de la fo: Pie XI, 1937. Pie XII, Pentecôte 1941 ; Jean XXIII, Mater et Magistra ; Vatican II, Gaudium et Spes n° 43, Jean-Paul II. On notera dans l’enseignement des papes, le refus d’un divorce entre les activités temporelles et les activités spirituelles. Divorces  

Fondements de cet enseignement.

a. Au nom de l’Évangile.
 
Pour les chrétiens, la Parole de Dieu a pris corps en Jésus-Christ. Le Dieu qui nous sauve et aussi celui qui nous crée. (Premier et second  Testament). Vatican II nous invite à ce retour au cœur de la foi en Jésus-Christ au-delà du “droit naturel, loi naturel etc.” conception tributaire d’une philosophie particulière. Jean-Paul II est le défenseur de cette présentation. Dès la première encyclique il affirme :  “l’homme est la route fondamentale de l’Église”…, “parce que le fils de Dieu s’est incarné et par l’incarnation, il s’est uni d’une certaine manière à tout homme”. 

b. Évangile prolongé en Tradition Chrétienne.
 Paul VI exprime que les situations sont changeantes, et que l’Église puise dans l’Évangile et dans sa tradition, ce qui nous permet d’innover de manière hardie et créatrice (1971). Sinon, nous n’avons qu’à prendre la somme de St Thomas, ou la Cité de Dieu de St Augustin ; … ce serait alors du commentaire, du rabâchage. Les encycliques, sont situés dans une histoire. Ils témoignent comment, nos anciens, dans une situation historique donnée, ont cherché comment être fidèles à la tradition et à l’Évangile. 

c. le rôle de la Raison.
 
Pour l’Église catholique, c’est un appel au double registre de la foi et de la raison, de l’intelligence. Église a toujours eu le souci de faire appel à l’intelligence humaine. Le débat qui a porté sur la loi naturelle, droit naturelle semble quelque peu daté en ce qu’il éviterait de faire appel à l’intelligence. Cela veut dire qu’il faut faire appel aux médiations d’analyse, d’interprétation. Cela ne signifie pas de s’abandonner aux professionnels : personne n’a aujourd’hui la maîtrise des situations. Mais l’Église estime qu’il faut pouvoir rendre compte des choses par l’analyses des situations. Utiliser la raison et quelques critères sont indispensables. Jean-Paul II fait appel aux droits de l’homme comme critères. Tous, nous avons des représentations de la société et de ses fonctionnements, même si l’on dit ne pas en avoir, d’où la nécessité d’entrer en dialogue avec d’autres, pour se « dé-placer » dans nos habitudes de penser. Le milieu chrétien n’honore peut-être pas assez le rôle de la raison, de l’intelligence. Nous avons à mettre en œuvre les talents reçus avec les diversités d’intelligence. Nous avons à nous former, nous informer, entrer en dialogue avec l’autre différent, et non avec l’autre, le même de nous !. Le salut ne dépend pas de la raison, mais il ne l’ignore pas.  

L’enseignement social de l’Église, se veut en forme de dialogue avec le monde

 Pour les pères du conciles Vatican II, l’enseignement social de l’Église est perçu en forme de dialogue avec le monde de ce temps : cf. G 3, 33, Église reconnaît ne pas avoir réponse à tout, mais apporter sa collaboration. Elle reconnaît aussi qu’elle reçoit du monde,  « elle n’ignore pas ce qu’elle a reçu du genre humain » (G 44-1). l'Église …a particulièrement besoin de l'apport de ceux qui vivent dans le monde, qui en connaissent les diverses institutions, les différentes disciplines, … qu'il s'agisse des croyants ou des , incroyants” G 44-2.  

Les sources bibliques.  

Même si la Bible a été écrite dans une autre culture, les textes de la Bible ne sont pas sans importance pour nous, comme lumière. Il n’est pas question de faire des parallèles et raccourcis en oubliant la distance culturelle et historique qui nous sépare de ces textes. Invitation à ouvrir la Bible autour de quelques textes . L'objectif de cette partie est de réveiller notre mémoire: en quoi nous inscrivons-nous?

Le premier testament. 

  "Le Dieu libérateur". "Le Droit du pauvre". "Justice et alliance".  

a. Le Dieu libérateur. 
l’expérience de la libération d’Égypte se trouve au cœur de l’expérience d’Israël, elle est constitutive du peuple d’Israël : « souviens-toi Israël… ». Cette libération prend une signification universelle au fil des textes. De là découle un certain comportement, une conception de la morale comme reconnaissance (reconnaissance de la réalité, et reconnaissance comme merci), Deutéronome 15, 4-5 “Toutefois il n’y aura pas de pauvres chez toi, tellement le Seigneur t’auras comblé de bénédictions, pourvu que tu entendes écoutes attentivement la voix du Seigneur ton Dieu et mette en pratique ses commandements”. L’existence de pauvres en Israël est donc perçu comme une anomalie, une sorte de démenti infligé au bonheur auquel le Seigneur destine son peuple. Nous pouvons traduire pour aujourd’hui avec la conception de la destination universelle des biens de la terre : Sur terre, il y a de quoi satisfaire les besoins fondamentaux de la terre. Si ces besoins (sécurité alimentaire, l’eau, l’éducation de base) c’est que de fait, on ne met pas en pratique les commandements : il n’y aura pas de pauvres chez toi pourvu que… C’est une autre image que celle du Dieu aristotélicien, tout-puissant, hors réalités humaines. 

b. Le droit du pauvre 
La législation d’Israël –essentiellement contenue dans le décalogue et le Pentateuque- protège le pauvre, la veuve et l’orphelin. Elle est aussi attentive au résident étranger (immigré): « vous-mêmes avez été étranger… donc vous savez ce que c’est 
»: Exode 22, 20-26. Le droit de propriété est reconnu dans le premier testament mais il est limité, tempéré par l’attention portée au pauvre. Il y a des droits du pauvre.  

Le Jubilé. Un point particulièrement remarquable de la réflexion en Israël est le principe du jubilé. Toutes les sociétés qu’on observe, qu’elles soient capitalistes ou non, si on les laisse aller à leur inertie, entraînent de plus en plus d’inégalités (les plus forts, que ce soit  physiquement, au niveau des relations, du pouvoir, de l’argent. Le plus va au plus, le moins va au moins). Devant cette tendance à accroître les inégalités, il existe de modalités qui, de temps en temps, resserrent cet écart. 
Pour la Bible, c’est le principe du jubilé : tous les7 ans, ou 7 fois 7 ans on remet les compteurs à zéro ! Il est difficile de savoir dans quelle mesure cela a été effectivement vécu, mais cette attention indique une ligne de vie pour les sociétés. 
Pour nous, aujourd'hui, le fonctionnement économique mondial tel qu’il se vit actuellement permet-il, de fait, de réduire les inégalités ou non ? Le marché comme tel, tout seul, (sachant quel est son rôle) peut-il suffire pour avoir une vie ensemble relativement satisfaisante ? C’est la question des régulations et du politique. Seul le politique peut permettre de gérer ces questions. 
Aujourd’hui la question ne se pose plus seulement en termes d’exploitation, mais en termes d’exclusion. L’exploité fait encore partie du même univers, le marginalisé, l’exclus n’est même plus dedans ! Où y a-t-il progrès ?
Dans les sociétés pré capitalistes, quand on appartient à la société, à la communauté, même si l’on est dans l’impossibilité de travailler, handicapé ou âgé, l’ensemble –famille, groupe, village, on a un droit, du fait qu’on appartient à cette communauté. L’individualisation a outrance où nous sommes engagés a détruit ce lien. Des chercheurs, des profs de fac étudient ces questions, par exemple avec l’idée d’un RME, Revenu Minimum d’Existence. Le fait qu’on soit membre de la collectivité française donnerait ce droit comme membre d’un groupe. Ce débat, qui interroge le principe de travail/revenu, participe de la notion d’un droit par appartenance à une communauté. 

c. Justice et alliance.
  Ce thème est porté essentiellement par les prophètes. L’élément clé de leur pensée est à la fois religieux et social. "Le saint, c’est le juste". Une des traductions du mot péché est « iniquitas », c’est-à-dire la non-justice.

 Les prophètes établissent un lien étroit entre l’alliance et la conduite sociale, conduite de justice. Ces textes ne sont pas souvent entendus. Le peuple de Yahvé doit unité les mœurs de Yahvé. Or Yahvé est présenté comme remettant en cause l’alliance si le peuple ne pratique pas la justice. Le culte, les assemblées de prière, fêtes et pèlerinages perdent leur sens s’il n’y a pas la justice. (Job 24 décrit le spectacle de l’injustice). Le premier Isaïe, vers 783-743 écrit : 1, 11-20 : « Que me fait la multitude de vos sacrifices, les holocaustes de bélier, la graisse des veaux, j’en suis rassasié, le sang des taureaux des agneaux et des boucs, je n’en veux pas. Quand vous vous présentez devant moi, cessez d’apporter de vaines offrandes… je n’en puis plus de vos forfaits et de vos fêtes. Cela m’est un fardeau. Vous avez beau multiplier vos prières, vos mains sont pleines de sang… Lavez-vous, purifiez-vous, cessez de faire le mal apprenez le bien etc. Venez et discutons… » 

autres textes du¨Premier Testament

Ceci était écrit à une époque économiquement favorable. Le prophète Amos, à la même époque,  écrit la même chose. : « puisque vous pressurez l’indigent, lui saisissant sa part de grain, ces maisons de pierre de taille que vous avez bâtie, vous n’y habiterez pas etc… ».Amos, 5,5-11.  Les sacrifices et le culte ne prennent sens que s’il y a des rapports sociaux justes. Michée fera de même. Le fait d’être injuste, c’est être infidèle à l’alliance. Les deux sont sur le même plan. Nous nous inscrivons aujourd’hui dans cet héritage, commun au peuple juif et à nous-mêmes.  

Le Nouveau Testament. 

La charte du Royaume, ou discours sur la montagne, en Matthieu, ch 5 à 7. Il commence par les béatitudes, puis on vous a dit.. je vous dit…, Il aborde la relation à l’autre qu’on détruit, , “tu ne tueras pas…” ; l’adultère. « Aimez vos ennemis… car c’est ainsi que vous vous monterez fils de votre Père » La relation à l’autre est le signe de la relation vraie à Dieu. L'évangile est explicite sur le rapport à l'argent*Le rapport à l’argent. Voir le "Rendez à César...", chez Luc par exemple, ou le dernier jour en  Matthieu 25 Ce texte s’adresse à toutes les nations, tous les gens, de tous les temps, de toute culture. C’est une vision universelle. Dans cette image du Jugement, le critère d’évaluation n’est donc pas celui de la foi ou de l’annonce de Jésus-Christ, puisqu'il s'adresse à toutes les nations, mais celui d’une expérience universelle où l’homme rencontre Dieu dans la rencontre du frère, en particulier, du frère dans le besoin. 

Dans l'Evangile de Matthieu 25, les uns et les autres sont étonnés et posent la même question: “quand t’avons-nous rencontré ?” La réponse étonnera plus d’un par l’identification faite par le Christ : c’est à moi que vous l’avez fait. ». lire le texte  Sur "l'identification du Christ" au frère dans le besoin on peut dresser une comparaison avec un texte semblable dans la tradition de l'Islam. (lire la comparaison) 

Le “péché par omission” n’est donc pas une annexe à ranger dans le placard !  Les situations évoquées sont des situations de malheur, de misère. Le fait que le Seigneur se réfère à notre comportement à l’égard de ces frères nous invite à comprendre que ce qu’on «appelle « jugement dernier », ne fera en fait que dévoiler le moment critique que constitue pour chacun de nous la confrontation à la souffrance de nos frères: le malheur des autres nous oblige à prendre parti. La façon dont nous prenons parti à l’égard des autres, c’est notre prise de parti de notre destin. Est-ce que nous nous ouvrons, est-ce que nous nous fermons? De quel type de personnes avons-nous choisi d’être proche. On retrouve cette logique dans la question posée par le Christ en Luc 10, 30-37 (parabole du “bon samaritain”) : lequel s'est montré prochain de l'homme tombé sur des bandits?"  

 Quelle est notre attention au prochain, notre miséri-corde. L’action par laquelle nous nous sauvons c’est l’action même par laquelle Dieu nous sauve. Il nous faut bien sûr préciser pour aujourd’hui qui sont les affamés, les étrangers, les médiations courtes, les médiations longues et les institutions dans le contexte socio-historique qui est le nôtre. Il n’est pas question de parler de bonne ou mauvaise conscience, mais de conscience éveillée. Il est aussi question de prendre au sérieux l’existence humaine terrestre. En christianisme il n’y a pas de réincarnation, c'est-à-dire pas de "seconde chance". Notre vie aujourd'hui, c’est la bonne, c'est l’unique. C’est du sérieux !  

Conclusion
Dans la pensée sociale de l’Église, on retiendra deux concepts clé : le concept de de justice sociale, et celui de choix prioritaire pour les pauvres.  

Le concept de justice, la justice sociale est à entendre en un sens très large. Jean XXIII dans Mater et magistra laissait entendre que, même une économie où l’on produit beaucoup et suffisamment de biens, et que la répartition y soit satisfaisante, si les personnes ne peuvent pas s’exprimer comme personne, ni participer aux décisions, ce système est injuste.  Pour l’Église catholique, ce n’est pas parce qu’il y a accord entre les parties que la justice est respectée. Léon XIII déjà signalait, qu’un travailleur, dans une situation d’inégalité telle qu’il n’a pas le choix de prendre ce contrat. Il y a donc une justice supérieure à celle du contrat. Paul VI reprendra cette réflexion à propos des rapports entre pays pauvres et pays riches.  

Le concept de choix prioritaire pour les pauvres. Cela signifie que l’Église, disciple de son Seigneur et Dieu qui a pris fait et cause pour les pauvres. Cela ne signifie pas que l’Église exclue les riches. Cette option est confirmée par la congrégation de la Doctrine de la foi de 1986, reprise par Jean-Paul II. Ceci dit, l’Église n’a pas de recettes ; pas de troisième voie. Son indignation et son interpellation appelle à être imaginatif et incite à se mettre au travail.  

autres textes du¨Nouveau Testament

Note: Les textes cités dans ce parcours ne sont pas quelques textes marginaux qui auraient été monté en épingle. Cet ensemble de texte, c’est l’un des fils conducteurs, sinon le grand fil conducteur du premier et du second testament. C’est la Révélation du Dieu de Jésus-Christ. 

Notes: Lois économiques : l'expression "lois économiques" n’est pas à entendre dans le même sens que les lois de la physique comme la gravité universelle. La science économique des 18° et 19° espérait trouver des règles fondamentales qui régissent l’économie et contre lesquelles on ne pourrait s’opposer. Aujourd’hui, on parlera de contraintes économiques mais pas de lois universelles comme telles. Il n’y a d’économique que parce qu’il y a des hommes. Et il faut donc tenir compte de l’homme dans les paramètres. Un système d’évidences à été imposé qui laisse entendre qu’il n’y aurait aucun “jeu” en économie”, or, il y a du jeu, quoi qu'on dise.

Sept tentations chez les chrétiens.

  1. Tentation de l'oubli des dimensions sociales de la foi. 
    C'est la tentation de séparer d'un côté la vie spirituelle, de l'autre la vie économique et professionnelle. La dimension sociale n'est pas une matière à option de la foi. "Le versant éthique et social du message évangélique est une dimension nécessaire du témoignage chrétien". ou encore: "on doit repousser toute tentation d'une spiritualité intimiste et individualiste". (Jean-Paul II)

  2. Tentation de l'oubli de la tension entre le particulier et l'universel. 
    Chacun et tous, nous devons reconnaître que nous sommes "situés quelque part" par rapport à ces questions. de l'argent, du pouvoir, du politique, de la richesse, du patrimoine. On a tous une histoire, une origine, une formation, âge... Les catholiques, en se disant tous frères, vont trop vite à l'universel abstrait, en sautant les différences, avec le risque du repli sur le même, en gommant la rencontre de l'autre différent. Appel à être ouvert à l'autre différent.

  3. Tentation de la démission, ou de la légèreté intellectuelle. Ni le Nouveau Testament ni l'Église n'ont de recettes toute faites pour le vivre en société. Ils nous renvoient toujours à notre responsabilité. L'exercice de la responsabilité et de la liberté commence par un travail de compréhension. Certes, c'est compliqué, et personne ne comprend tout. Il est nécessaire d'avoir une information plurielle, (sources diverses). La pensée est le commencement de l'action. Travailler à bien penser est le commencement de l'humanisation.

  4. Tentation des attitudes de fuite. par exemple:
    tentation de pureté, et son corollaire, refus de se salir les mains.
    (que signifie "faire du social, c'est bien, de l'économique, passe encore, mais de la politique non!"?
    tentation de l'acceptation du fatalisme. 
    Ce sont autant d'alibis à l'inaction et à l'indignation stérile.
     
    Croyons-nous vraiment en un Dieu incarné, Croyons-nous que les enjeux véritablement humains de notre existence collective sont des enjeux que l'on prend au sérieux?

  5. Tentation de l'oubli des médiations. et donc 
    invitation à reconnaître l'importance de la raison (il n'y a pas que l'émotion, le vécu ou l'expérience comme critère)
    invitation à reconnaître le rôle des structures et des institutions que se donnent les sociétés. Les chrétiens sont très sensibles à ce qui est direct, proximité, rencontre de l'autre, à l'interpersonnel et beaucoup moins sensibles aux relations longues, par l'intermédiaire d'une organisation (syndicale, politique, ONG, etc.) qui reposent sur des intermédiaires. La charité chrétienne se vit aussi dans et par ces relations longues. Le risque est de répondre aux urgences, et d'oublier de repérer les causes et d'agir sur elles. Jena-Paul II parlera de structure de péché.

  6. Tentation de la marginalisation de la politique
    Parmi les différents champs de la vie en société, il  a  le politique, l'économique, le social, le culturel. Parmi eux, le politique est un champ essentiel du vivre ensemble. Hier, le champ politique était englobant de toute l'activité humaine. Aujourd'hui, c'est l'économique. Or, il est nécessaire que se créée un contre pouvoir à l'économique: ce ne peut être que le politique. Quelle est notre représentation du politique? Quelle valeur lui accorde-t-on? Relire Réhabiliter le politique" commission sociale de l'épiscopat.

  7. Tentation de l'impatience.
    Notre rapport au temps s'est fort modifié ces dernières années. Le court terme l'emporte sur le long terme, le souci de l'efficacité immédiate, le désir de voir les résultats de ses actes, en économie comme ailleurs. Or rien de durable ne se crée sans patience. Rien ne changera sans modification des modes de vie, et des valeurs. Or, les modes de vie et les valeurs ne changent pas au 1/4 de tour. Nécessaire changement de nos comportement et de nos mentalités (ou manières de voir). Cela peut passer par la réflexion, la prière, la rencontre de l'autre.

Comment je vis la Bonne Nouvelle dans mon rapport à l'argent, au travail, à  l'économique. Est-ce que le Dieu en qui je crois est le Père de Jésus-Christ, qui non seulement a donné la priorité au pauvre, mais s'est identifié au pauvre.