Le Christ et "les moins que rien" selon Paul de Tarse.

Amenés, dans le parcours du Capco-Nord sur la mondialisation, à repérer ce qui compte, dans une société économique ultra libérale, ce à quoi il est accordé du prix, et repérer ce (ux) qui compte (nt) pour rien, notre philosophe nous entraîne à prendre en considération la manière de comprendre notre rapport à l'autre sous l'angle du regard: celui qui se tient devant moi, qui est-il pour moi? 

Sans doute les hommes naissent-ils libres et égaux, en théorie, mais les faits semblent prouver le contraire. Les mots fondateurs de la République restent accrochés au frontons de nos édifices publics, mais ils ne descendent plus dans la rue là ou vit tout un chacun. 
Liberté, égalité, fraternité font vivre et rêver, mais qu'ils ne viennent surtout pas déranger nos économies dites modernes! L'étude des mœurs sociales démontre que la chère liberté n'accepte pas d'être "encadrée" au service de tous, que le bien commun de l'humanité n'a plus de valeur.  La fraternité, au royaume des requins, est depuis longtemps enterrée au cimetière des grandes utopies. Heureusement, l'assistance, publique ou privée vient en aide aux moins que rien, aux laissés pour compte du chantier des économistes. Quel est donc ce monde où l'on distingue aussi facilement ceux qui ont et ceux qui n'ont pas, ceux qui sont et ceux qui sont moins rien? (Quel est le poids d'un p'tit Lu ou d'un salarié d'Alcatel?). Ce qui pose chaque individu comme sujet, comme sujet humain, ne serait-il pas l'aptitude  à poser l'autre comme sujet devant moi, l'autre comme un "ayant-droit", l'autre devant moi: ma liberté devant sa liberté!

Dans ce parcours nous est venu l'idée saugrenue d'aller relire la lettre de Paul aux Corinthiens, au chapitre premier, v.28: "ce qui n'est pas"... Dieu l'a choisi. Les mentalités d'alors fonctionnent sur le mode des catégories: "nous et les autres", à savoir: les juifs et les grecs, ou bien les grecs et les barbares...  Paul parle dans ces catégories, et invite à dépasser ces catégories: en Christ, ni juif ni grec, ni homme ni femme, ni esclave ni homme libre... Le voici donc décrivant le monde comme composé de grecs, ceux qui cherchent la Sagesse, et de juifs, ceux qui demandent des signes... Hors de ces catégories, il n'est rien au monde. Dans son expérience de vouloir parler du Christ crucifié aux juifs, comme aux grecs, Paul découvre que c'est de la folie aux yeux des uns, de la faiblesse aux yeux des autres.: scandale pour les juifs, folie pour les grecs. 

Or affirme Paul, ce qui est folie dans le monde, Dieu l'a choisi pour confondre les sages; ce qui est faible dans le monde, Dieu l'a choisi pour confondre ce qui est fort. Ce qui est vil et méprisé, ce qui n'existe pas, (aux yeux du monde, juifs comme grecs), Dieu l'a choisi. Vous, écrit Paul, maintenant vous existez, vous êtes, et cela à cause du Christ Jésus et en lui.... Comprenne qui pourra! Nous avons cru pouvoir comprendre cette parole pour aujourd'hui.

Exister, au temps de Paul, c'était corresponde au modèle de son époque, répondre aux cadres de la pensée, et celui qui ne correspondait pas à la pensée, à la Sagesse grecque, c'était un moins que rien, un barbare. On peut sans doute encore en dire tout autant aujourd'hui, celui qui ne correspond pas à la pensée moderne, qui ne s'identifie pas à un modèle (unique) de pensée, celui-là n'est rien, il est balayé hors du monde, hors du champ de la conscience (faites-vous-mêmes la vérification). Or affirme Paul, "ce qui n'est pas", Dieu l'a choisi.  Pour les disciples du Christ, ceux qui revendiquent  leur baptême et leur communion, ils reconnaissent exister devant Dieu, et appelés à leur tour à faire que l'autre existe devant soi... que cela plaise ou non Luc Ferry! Tout baptisé a donc un devoir de résistance, résistance à une pensée qui fait de l'homme le jouet de forces occultes et financières entre autres, pour qu'il advienne comme sujet de son existence. Il semble que ce soit le discours de plusieurs évêques à propos des dérives actuelles de l'économie, et la réflexion de Mgr Defois avec les entrepreneurs et Dirigeants chrétiens lors d'un récent échange en juin 2001. Il semble que ce soit aussi l'aspiration exprimée par le souci d'une démocratie participative.

Reste maintenant à mettre en pratique cette bonne nouvelle: pour toi, aujourd'hui et maintenant, qu'est-ce qui a du prix, qu'est-ce qui compte à tes yeux, en paroles, et en actes? Comment peux-tu manifester dans la condition qui est la tienne, que l'autre a du prix à tes yeux?

Index général   première page Capco