Mondialisation et théologie

Les discours sur la Mondialisation abordent bien souvent ses aspects économiques, financiers ou technologiques. Le Capco-Nord a choisi une approche interdisciplinaire originale, faisant intervenir les sciences sociales, la philosophie, la théologie et l'étude de la Bible. Cette section essaiera de rendre compte de cette initiative, de septembre 2000 à juin 2002.

septembre 2000

Invitation à entrer dans la démarche proposée aux participants de la formation : première étape
première session, texte d'introduction
vu de notre fenêtre: sous l'angle des sciences sociales
vu de notre fenêtre: approche philosophique
vu de notre fenêtre: le regard d'un croyant
vu de notre fenêtre: croyants de la Bible et rapport aux nations
Session de décembre 2000:
Mondialisation , Universalisme. Philosophie et théologie
     * approche théologique:  églises et théologies: défis à
relever
     * approche philosophique: les origines philosophiques de l'universalisme Occidental
Session de Mars 2001
Session de Juin 2001: les moins que rien, hier et aujourd'hui.

Capco-Nord    

Instance de formation pour prêtres et laïcs liés aux réalités du monde du travail, des banlieues, qui souhaitent mieux comprendre comment les faits de sociétés interrogent les croyants et les obligent à inventer une parole audible et crédible pour aujourd'hui.

FORMATION
 

INFORMATION

 Instance de formation permanente pour les prêtres en lien avec les milieux populaires ou ouvriers, depuis de nombreuses années, le CAPCO aborde les rapports Église et société sous forme de recherche interdisciplinaire. Pendant plusieurs années, nous avons étudié l'importance de notre discours (discours de l'Église que nous sommes) et la prise en compte des réalités sociales en évolution : modernité, rapport à l'histoire, l'annonce du salut et la mission de l'Église.

Une nouvelle proposition est actuellement en chantier. Elle prend acte des mutations mondiales en cours. Pour exprimer les transformations de la société, beaucoup utilisent le mot Mondialisation. Ce mot  est venu envahir le champ de la pensée. Son aspect économique est souvent mis en avant comme premier domaine d'observation. Il ressemble à un fourre-tout et englobe des réalités nouvelles et anciennes. Bien malin qui sait définir ce qu'il contient. Faut-il dire “pensée plurielle”, “relativisation des systèmes de pensée” ?

N'avons-nous pas à  nous questionner : Que deviennent les hommes et les femmes à l'aube du 3° millénaire ? Quelles propositions de la foi dans ce contexte, ? Nous voulons donc aborder les questions autour de la mondialisation. Ce mot évoque le domaine économique, mais aussi le domaine de la mobilité ; mobilité des populations, communications ou déplacements. Il évoque aussi le domaine de l'Internet et l'accès de chacun pour rechercher et pour donner sa vérité: la notion de “centre” de vérité ou d'autorité explose. La compréhension de l'individu dans son rapport au monde s'en trouve modifié.

Dans le domaine de la géopolitique, nous ne pouvons ignorer la disparition des blocs Est/Ouest, qui modifie les conceptions du monde et de son avenir, ainsi que des moyens pour parvenir à une humanité nouvelle. La mondialisation interfère sur les mentalités, les cultures et leurs rapports. Nous pouvons repérer des aspirations contradictoires, par exemple une aspiration à l'universel et en même temps une exaltation de l'individu; une aspiration à l'autonomie de l'individu et créations de repères pour vivre, uniformisation et en même temps une revendication à s’identifier par l’expression de la différence ou le communautarisme. Nous percevons un effacement du "politique" et en même temps une interpellation pour que le politique intervienne dans la gestion des rapports mondiaux…

Tu peux toi-même développer ces constatations et les honorer par l'observation de situations concrètes. En période de crise ou de difficultés à comprendre le présent, il peut être utile d'interroger les traditions qui nous ont portés. Ainsi la tension entre l'individu et l'universel a été porté, dans l'histoire, par de grands courants philosophiques : Aristote, Platon, le christianisme, Augustin, Hegel, Kierkegaard , et plus récemment, les philosophies de l'altérité.

De même la question “qui suis-je ?” se trouve encore posée quand un individu appartient simultanément à plusieurs cultures et s’interroge : quelle est mon identité, quels sont mes repères?

Il n'est pas difficile de repérer la dislocation des religions, victimes de la mondialisation. Les individus prennent ce dont ils ont besoin, selon les circonstances. Nous voyons réapparaître des pôles de cristallisation autour du “retour du religieux,” des manifestations de masse (JMJ, pèlerinages, jubilés), des recommençants, des nouveaux catéchumènes; ou encore dans la recherche de spirituel et de spiritualité, chrétienne ou laïque. 

Le rapport au temps, à l'espace, aux idéologies a changé. Dans ce monde en profonde mutation, que devient le souci de porter l'Evangile? Que deviennent les références au suivi, à la durée, à l'histoire ? Quelle place accorder à la bible, à la théologie dans cette recherche ? Par exemple ne pouvons-nous pas interroger les Écritures sur la manière dont des croyants ont vécu l'ouverture à la dimension universelle, au temps de l'exil, à l'époque hellénistique, ou, dans le Nouveau Testament, le passage du monde juif à la terre païenne. 

De nouvelles réflexions théologiques s’élaborent. Ainsi le texte de la commission Justice et Paix (France) sur la mondialisation, ou de la Commission Sociale sur le respect de la création. Récemment Monseigneur Rouet écrivait un article intitulé "la mondialisation, problème spirituel : proposition théologique"[1]. Les débats et discours dans l'Église autour de l'inter religieux témoignent de l’interaction, dans les cultures et les religions, des brassages engendrés par la mondialisation. 

Le champ de la réflexion est immense. Nous n'avons pas l'intention de tout traiter, nous tenions à faire part de notre observation et de notre recherche. Au milieu des multiples sollicitations, nous estimons important de continuer réflexion et formation dans le souci d’être attentifs aux questions de notre temps.

L'esprit acquis et entretenu par la participation aux mouvements apostoliques, nous souhaitons pouvoir le partager dans un contexte nouveau. Récemment encore les évêques de France réunis à Lourdes, redisaient leur intérêt à l’égard des mouvements apostoliques... « L'Eglise qui est en France a la chance d’hériter de l'expérience apostolique de tous ces mouvements qui ont été fondés dans notre pays ou sont venus d’ailleurs. Aujourd’hui comme hier, ils forment des chrétiens capables d’assumer leurs responsabilités personnelles, sociales et ecclésiales. De nombreuses pratiques ecclésiales comme la révision de vie, les récollections ou les journées d’études, la prière de louange, la préparation au mariage etc., nées dans le cadre des mouvements, sont devenues le bien commun de l’Église[2].

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Mail Emile Hennart
 

[1] In “Foi et développement”, n° 277, octobre 1999, Centre L.J. Lebret, Paris

[2] Conférence des évêques de France, L’Apostolat des Laïcs, Orientations pastorales, Cerf.2.000, § 3,3, p. 28

Pour entrer dans la démarche
proposée aux participants des sessions: Questionnaire

MONDIALISATION …

un mot que nous entendons souvent et que nous prononçons aussi souvent …

un mot qui recouvre des situations précises dont nous sommes acteurs ou témoins …

un mot aussi très vague qui traduit un phénomène massif touchant tous les aspects de la vie (au-delà du seul aspect économique) et soulevant nombre de questions pour notre foi et notre pastorale.

Le cycle du CAPCO, à partir de ce mot, invitera à en approcher les nombreuses implications.
C’est une aventure dans laquelle nous te proposons d'entrer "à distance"!. 
La route n’est pas définie d’avance, les participants aux sessions et les intervenants travailleront en direct. Pour ma part, j'essaierai d'en rendre compte dans ces pages. C’est ensemble, en interactivité, que nous pourrons nous former.

A la suite du questionnaire ci-dessous, pourquoi n'enverrais-tu pas ta propre réponse?

 

La première étape de cette aventure te revient …

  1. A partir de ton expérience, de ton accompagnement, de tes rencontres, comment est ressentie la mondialisation chez les personnes, dans les organisations, les associations que tu fréquentes ?
    Qu'est ce que cela provoque comme remises en cause des habitudes de vivre et de penser? 

  2. Et toi, comment ressens-tu la mondialisation et ses effets ? Comment réagis-tu personnellement ? Quelles paroles as-tu comme citoyen et comme croyant ? Avec qui, en quels lieux t'est-il possible d'étudier, d'élabores cette parole?
    Comment cela se traduit et interfère dans ta vie quotidienne et dans la foi ?

  3. Qu’est-ce qui t’aide à comprendre ?
    Quels moyens ? Quelles références ?

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Introduction à la première session, 18 septembre 2.000.

Le souci de formation continue a guidé les différentes années du Capco, de 1974 jusqu’à aujourd’hui.

L’intuition des origines était de permettre à des prêtres, aumôniers de JOC, ACO et ACE, dans leur souci d'être proches des hommes et femmes insérées dans le monde du travail, souci  d’y voir un peu plus clair dans la vie sociale et économique des années 70-80. Comprendre le monde socio-économique, ses règles, astreintes et aspirations, monde dans lequel les travailleurs s’impliquaient dans la vie de travail, l’engagement social et économique. Comprendre, mais aussi chercher comment l’évangile pouvait être parole de vie pour eux. Aujourd’hui, c’est dans le contexte d’une société globale que nous devons développer notre recherche : nous voulons aider des croyants à vivre leur rapport à la société telle qu’elle se cherche, prenant appui sur les témoins qui nous ont précédés.

L’évangile et la Bible, sont les écrits qui nous restent des témoins qui nous ont précédés sur les routes des hommes à la rencontre du Dieu de Jésus-Christ : Paroles de croyants qui témoignent de ce qui animait le cœur d’hommes et de femmes confrontés aux questions vitales de leur temps. Nous avons fait appel à la sociolinguistique pour analyser quels pouvaient être les rapports entre le langage des croyants et le concret de leur existence. Nous voulions comprendre le ressort de leur expérience croyante pour, à notre tour et dans leur trace, oser dire notre parole de croyant pour aujourd'hui.

Au cours des années 90, l’insistance se faisait de plus en plus forte pour oser “dire Dieu aujourd’hui”. Ce furent les objectifs des cycles 3 et 4 : pourquoi, et plus encore, comment dire Dieu aujourd'hui! Les évêques de France préparaient leur manifeste : proposer la foi dans la société actuelle. L’annonce devenait le sujet des débats dans la planète catholique. L’Action Catholique Ouvrière inventait le "dialogue en réciprocité", les initiatives de partage; elle invitait à dire explicitement qui était Celui dont nous vivions : “Oser une parole qui libère” fut le slogan de la Rencontre Nationale de Bordeaux en 1998. Il ne suffisait plus d'être semence enfouie. Dans le monde de la communication qui est le nôtre, ce qui n’est pas dit n’est pas. Dans ces années 85-95 le mot “modernité” faisait l’objet d’un culte fétichiste : on ne jurait que par la modernité, et bien vite, par la post-modernité. Nous avions alors creusé jusqu’aux racines de la modernité, dans la Renaissance et le siècle des Lumière, pour mesurer l’héritage qu’il nous fallait assumer. Aujourd’hui le mot mondialisation a détrôné la modernité. Notre but n’est pas de satisfaire à un effet de mode. C’est tout au, plus un défi que nous nous lançons à nous-mêmes : dans ce monde tel qu’il est, il nous faut assumer une parole de croyant. Dans l'évangile de ce dimanche (Marc 8, 27-35) Jésus posait une question à ses disciples : “que disent de moi les gens que vous rencontrez ?”… et les apôtres ont apporté différentes réponses. Puis Jésus leur demande : “et vous, que dites-vous ? pour vous, qui suis-je ?” Pierre savait-il ce qu’il disait en faisant se réponse "tu es un homme consacré et envoyé par Dieu"? Aujourd’hui, il ne suffit pas de répéter sa réponse mot pour mot; il faut que notre réponse soit crédible et audible pour aujourd’hui. C’est ce à quoi nous nous engageons à l'aube du 21° siècle, en entreprenant ce détour théorique, tout comme l’a fait en son temps Thomas d’Aquin  : chercher l’intelligence de la foi. Faire dialoguer la Foi et la Raison est une exigence que personne ne contestera aujourd'hui.

Plusieurs intervenants participeront à notre recherche, en interdisciplinarité. Ils apporteront le point de vue de la philosophie et de la sociologie des religions (Joseph Debès), des sciences sociales (Daniel-Marie Cartiaux), de la théologie (Georges Blokkeel), de l’exégèse (Marc Jacob). Ils ne seront pas les donneurs de leçon ou de bonnes réponses, ils seront pour nous des stimulants pour la recherche afin que la Lumière puisse éclairer la route des hommes.

Emile Hennart

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Vu de notre fenêtre, Première évaluation des réponses données au questionnaire.

Vingt réponses, une cinquantaine de feuillets : 
"De quoi on cause chez nous, quand on prononce le mot mondialisation?
et quand on prend le temps de s’asseoir quel horizon s’ouvre à notre regard ?."
Nous avons demandé à quatre experts de nous redonner, du point de vue de leur discipline, un regard éclairé de ce que nous avons entraperçu. Voici donc l’espace de nos points de vue, redimensionné et mis en perspective, par Daniel Marie Cartiaux, pour les sciences sociales, Joseph Debès pour l’approche anthropologique et philosophique, Georges Blokkeel et Marc Jacob pour l’approche théologique et biblique.

Préambule.

A quand remonte la mondialisation ? 20, 30, 50 100 ans ou plus ? 
            La découverte de l’Amérique, l’Europe marchande…ne sont-elles pas les prémices de la mondialisation ?

Le terme Mondialisation depuis quand?: 20, 50 ans ou plus ? 
            Le mot est apparu pour la première fois dans la presse économique dans les années 50 ; 
            mais il n'est massivement présent, qu'à partir des années 80.

Vu de notre fenêtre... sous l'angle des sciences sociales.

On la ressent à partir de…

Le mot mondialisation ressemble à un fourre-tout qui rassemble tout ce que nous entendons, ou dont nous sommes témoins, pour faire bref, tout ce qui dépasse le local !. Apparaît massivement le champ de l’entreprise de l’emploi et du travail.

     Le Champ de l'entreprise: Les fermetures d’entreprises, les changements d’enseigne (Continent>carrefour), les contrats à durée déterminée et de la précarité, l’augmentation des cadences de production, délocalisations, entreprises étrangères qui achètent en France, multinationales, Toyota, horaires de travail.

     Des éléments autour de la consommation : Max Havelaar, Mac Do, Pokemon, Aldi, Lidl et. “je peux consommer tous les produits possible à toute époque de l’année”

     Sur la circulation des personnes : immigration, les sans-papiers, les voyages, le travail à l’étranger, les étudiants en stage à l’étranger, les réfugiés politiques ou non, le pluriculturel, le pluriethnique.

     Sur la communication : les médias, la télé, Internet, les téléphones portables.

     La finance, la géopolitique est évoquée subrepticement (étonnement de l’intervenant devant le silence sur l’événement symbolique de la chute du mur de Berlin qui signifie le chamboulement de l’organisation du monde).

Donc, de notre fenêtre, massivement notre regard a porté sur les questions économiques touchant l’emploi, le travail le monde de l’entreprise. Ceci est logique, compte tenu de l’insertion des participants (pastorale dite ordinaire, banlieues, contacts avec des travailleurs, ceux qui subissent plus les effets de la mondialisation. Si nous avions ici en nombre plus conséquent des aumôniers d’ACI (c'est-à-dire les classes moyennes et dirigeantes) , ou d’étudiants, nous aurions d’autres approches et d'autres faits seraient évoqués. 

Le terme mondialisation, semble cristalliser un ensemble de faits qui nous scandalisent, nous interrogent, nous perturbent. Parmi eux : l’immigration, les restructurations et délocalisations, le téléphone portable, les séjours des jeunes à l’étranger. Or ces phénomènes ne sont pas neufs : ressortent-ils de la mondialisation, sont-ils de causes, des effets de la mondialisation ou de simples composants ?

Comment la ressent-on ?

    Nous la ressentons surtout à partir des conséquences négatives dont nous sommes témoins dans notre environnement proche : ce qui tourne aux fermetures d’entreprises. Notre approche est donc plutôt négatives on parle de conséquences graves, de victimes, de négation du collectif, de mépris des personnes, de guerre commerciale, “c’est de la  souffrance et de la mort”, Il y a deux mondes : celui des branchés et celui des exclus. Il y aurait aussi un phantasme de l’étranger : les étrangers achètent nos terrains (on ne dit pas entreprise multinational mais étrangère !). En positif on note la consommation, par ex tous les produits toute l’année ; la communication, (téléphoner à une nièce à l’autre bout de monde..) pouvoir voyager ; tout ce qui est échange et ouverture à d’autres cultures.

    Les quelques-uns qui se risque à une analyse ou définition de la mondialisation, on sent combien on est démuni. Parler d’un ressenti… oui, dire ce que c’est est moins évident. On parle de perte de repères : sont-ce les repères du monde ou les nôtres propres ? Quels étaient nos repères, nos modèles, conscients et inconscients ? Par rapport aux entreprises : cette impression qu’elles sont au-dessus des politiques et des états… mais quel est notre modèle ? entreprise franco-française, l’entreprise familiale ? quels repères avons-nous l’impression d’avoir perdu ? Aurions-nous cité un Jean Bové il y a 15 ans, dans nos cercles ?

    La mondialisation est perçue comme instrument aux mains des capitaux pour certains ; pour d’autres, c’est un processus, pour les uns c’est pas bon, pour d’autres une chance ou un défi. D’autres disent : il faut résister. Il y a affirmation qu’il y a du neuf et de l’ancien dans le phénomène

Nécessité de s’éclairer.

    Nous aurons donc à faire un parcours historique : la mondialisation est le mouvement historique du capitalisme, c’est un état de fait, et non l’invention de certains pour dominer le monde. Le capitalisme ne peut que se mondialiser. Dans ce parcours, repérer ce qu’il y a de nouveau, notamment depuis 1945.. Si l’on s’attache beaucoup à l’économique, nous aurions aussi à regarder du côté du géopolitique. L’avant et après chute du mur de Berlin : Si l’on vivait sur l’héritage du face-à-face est-ouest, il est de fait disparu aujourd’hui. Nous n’avons plus un monde divisé en deux, mais un monde éclaté qu’un Alain Minc appelle le nouveau Moyen-Age. Dans ce monde-là, les Organisations mondiales nées après 1945 (type ONU) sont-elles encore adaptées ? Il faudrait aussi repérer ce qui est de l’ordre de la perte des identités et en même temps du sursaut des identités (des bretons aux corses, en passant par les tchétchènes, et d’autres).

    Certains documents parle de libéralisme, d’ultra-libéralisme. Le libéralisme, comme idéologie ne peut être qu’ultra, entière ; comme toute idéologie. Sans doute veut-on faire allusion là aux politiques impulsées par Reggan ou Thatcher et qui se sont étendues à la plus grande partie du monde industrialisé ? De même le socialisme ou le nationalisme ne peuvent être sue “ultra” !

    Certains posent la question : y a-t-il encore une place pour le politique ? Je le pense, mais cette place se cherche. Il y a bouleversement, pas de modèle préétabli et donc à la recherche d’un modèle. De même pour l’action militante, syndicale : quelle géométrie pour l’action : régionale, mondiale ?.

    Nous avons aussi parlé d’Internet. Certains disent "c’est technique, c’est pour ceux qui en ont les moyens"… De plus en plus de gens en auront les moyens, comme pour le téléphone au début du siècle. Il devient une réalité incontournable, utile et efficace. Ainsi lors de l’Accord Multilatéral pour l’Investissement, accord de libéralisation des investissement partout et pour tout, concocté dans le cadre de l’OMC et des gouvernements a été mis sur la place publique par Internet, et donc prise de conscience et contre offensive. Nouvelles techniques, nouveaux moyens. Ce n’est ni bon, ni mauvais, comme technique, quelle réglementation, quelle utilisation on en fait.

    Les annexes du document de Justice et Paix sur la mondialisation (Maîtriser la Mondialisation, Justice et Paix France, Cerf 1999) pages 82-91, parlent du rapport entre dedans/dehors, entre proche/lointain : qu’est ce que cela veut dire : ce sont des repères qui changent. Pour les entreprises internationalisées, il n’y a plus de dedans et de dehors etc.

Notes prises lors de l'intervention de Daniel-Marie Cartiaux.

Vu de notre fenêtre...sous le regard d'un philosophe: J.Debès

Les réponses que nous avons apportées intéressent beaucoup le philosophe. Comme monsieur Jourdain, nous n'avions pas l'impression de faire de la philosophie, et pourtant! 
Ce que nous avons exprimé touche à des questions essentielles en philosophie, que l'on peut rassembler sous quatre têtes de chapitre: 

  • la notion de monde et d’univers ; les mots "mondial" et "universel" ne désignent pas la même réalité.

  • le rapport au temps et à l’espace.

  • le destin des valeurs traditionnelles.

  • qu’est-ce que l’homme, que devient l’homme dans ces bouleversements ?

 









Note: La chouette est le symbole traditionnel du philosophe 

La notion de monde et d’univers ; 
Monde, mondial, mondialisation, cybermonde etc. Nos réponses ont eu tendance à associer ces termes avec universel, universalisme etc.  Le monde c’est ce que je découvre de mon environnement. L’univers est la généralisation que j’en fait, -généralisation dont on peut se demander si elle est légitime-. Dans son évolution, ses transformations, le monde est-il soumis à une loi naturelle (universelle), qui serait la seule possible, à laquelle il n’y aurait qu’à se soumettre. C’est peut-être cette conviction qui sous-tend la pensée unique. Ceci est une question philosophique et objet débat.

Le rapport au temps et à l’espace.
 Habituellement dans notre civilisation, nous vivions (et vivons encore) le temps présent en rapport avec le passé, et à partir de là, nous imaginions l’avenir, nous formions des projets. L'un d'entre nous interroge : "ne serions-nous pas davantage tournés vers le futur plutôt que la répétition du passé". L'observation de la société fait apparaître qu'aujourd’hui le rapport au temps ne privilégie pas le futur : le futur est incertain, difficile à prévoir; et quand je mets en chantier un projet, bien souvent  les moyens ne sont pas toujours à notre disposition.  C’est le présent qui domine. 
        Chez beaucoup de jeunes, ce que l'on appelle  la mémoire (la mémoire d'un peuple, d'une histoire, d'une culture, la mémoire du mouvement ouvrier, etc.), cela compte peu. Dans la vie militante, qui parle d’utopie aujourd’hui ? C'est davantage le présent et le futur immédiat qui dominent les débats et les perspectives d'action. D'autres phénomènes méritent notre attention. Le développement de l'usage de la drogue dans certaines catégories sociales n'est pas seulement une recherche pour fuir hors du temps, c'est probablement une autre manière de vivre le rapport au présent.. Autre fait de société, le désir de posséder des produits jugés valorisants relève du rapport au présent. Ainsi voyons-nous nombre de précaires, d’intérimaires transformer immédiatement le salaire en bien possédés : un portable, une voiture etc… pas de ‘prévisionnel’. L’avoir et l’avoir tout de suite.
        Concernant l’espace, c'est avant tout l'abolition (le diminution) des distances que l'on évoque: par le téléphone on peut être immédiatement (ou presque) avec le monde entier. Par l’Internet le monde nous est ouvert, chez soi. On voyage beaucoup. les voyages ouvrent à une connaissance de l’espace tout autre. Ce désir de voyager, l’ouverture de l’espace par le téléphone, l’Internet, etc. valorisent certains espaces de la quotidienneté, peuvent donner le désir de se retrouver autrement sur le terrain où l'on habite, où l'on vit. Il faut pouvoir repérer ce qui s’y joue, chacun ayant ses propres espaces de quotidienneté. (par quotidienneté il faut ici entendre la vie de tous les jours, les faits et gestes qui sont miens là où je vis.)

Le destin des valeurs.
Que deviennent les valeurs traditionnelles ? Qu’est-ce qu’il en reste ? Mais il faut d'abord nous redire à nous-mêmes, quels étaient nos points de repères. Ces points de repères étaient ceux de l’humanisme, véhiculé par l’école, par les familles, par l’armée. Ces supports sont en crise. Le fondement de cet humanisme n'est autre que le respect de l’autre. Nous avons à nous demander ce que sont devenues les trois références majeures de notre humanisme : liberté, égalité, fraternité ? Les valeurs ont subi une grave crise du fait que leur fondement n’est plus sûr : ni le fondement religieux, ni le fondement social lié à la crise des supports de l’humanisme, ni le fondement philosophique, qui tient à dire ce qu’est l’homme. Si  aujourd'hui, je sais plus dire ce qu’est l’homme, il me sera difficile de fonder mes valeurs. 

        Plusieurs des réponses parlent de solidarité, de lutte pour la reconnaissance, de priorité aux pauvres etc. Ne serait-il pas intéressant de faire une approche critique de l’humanisme, à partir de ce que vivent ce que nous appelons les pauvres, non pas partir de nous, mais partir d'eux-mêmes : qu’est-ce qu’ils nous disent, à partir de leur condition. Leur condition humaine aujourd'hui est à elle seule, une critique des valeurs humanistes, telles qu’elles étaient vécues. Il ne suffit pas d'avoir une haute idée de l'homme! Il faut savoir le rencontrer, le regarder dans son existence concrète, plus encore, savoir recevoir le regard qu'il porte sur moi. Certains ont parlé de rencontre charnelle des autres, sans doute pour mettre en garde contre le virtuel. Aujourd’hui, on ne peut pas aborder l’autre uniquement parce qu’il appartient au genre humain. Il nous faut prendre une autre voie, par exemple celle des philosophies de l’altérité.

        Certaines réponses ont évoqué le repli sur soi, l’individualisme. D'une part, le repli sur soi n’est pas si fréquent qu’on le pense. D'autre part, le repli n’a pas forcément une valeur négative. Le repli sur soi est un moyen pour "faire retour sur soi", pour "se retrouver". On peut regretter que les forces montantes ne pratiquent pas davantage le repli sur soi. Ce qui marque la génération actuelle est davantage l’extériorité plutôt que le repli sur soi. Or, il est important de savoir se percevoir comme individu, car c’est se percevoir comme différent d’un autre et donc, peut-être, souhaiter le respect et se soucier du vivre ensemble.

Et l’homme dans tout çà ?  
Il a beaucoup été fait références aux cultures, aux brassages dues à la mondialisation, qui amènerait à ne plus savoir très bien ce qu’est l’homme. Affrontés à des cultures qui ont des conceptions différentes de la nôtre ou bien l'on relativise, ou bien l'on ne saurait plus à quels repères se fier. Ceci est partiellement vrai, mais celui que je rencontre n’est pas seulement une idée, ni  l’identification d’une culture ou le reflet du genre humain, il est aussi "quelqu’un qui est devant moi"!. 
Il a été peu parlé du rôle des sciences, par exemple le clonage, dont il a été question récemment par la nouvelle législation anglaise concernant l'embryon humain. Que devient l'homme dans tout çà?[1].  
Dans le mouvement de mondialisation, les cultures  se déconstruisent au même titre que les religions, d’où le sentiment de perdre notre identité. Or, selon les situations dans lesquelles nous vivons, nous avons des identités différentes. Ceci pourrait être l’objet de recherche. Le rapport de l'individu à sa culture et aux autres cultures pose les problèmes d’intégration, problèmes dont on ne parle plus guère. On préfère dire socialisation. Dans ce cadre, il nous faudrait aussi dire ce qu’est le racisme, son histoire, ses manifestations, ce qu’il devient aujourd’hui.

Notes à partir de l'intervention de Joseph Debès

Joseph Debès a publié récemment:
"Levinas, la rencontre de l'autre."

[1] "Et l’homme dans tout çà", (Nil éditions, mars 2000) est le titre d’un livre d’Axel Kahn dans lequel, il essaie de fonder une éthique de l’homme de manière à pouvoir éclairer le jugement et les actes issus de la biologie (par ex. aux ch. 4 et 5). Axel Kahn médecin, généticien, spécialiste des biotechnologies est membre du Comité consultatif national d'éthique français

Vu de notre fenêtre... le regard d'un croyant
Résumé de l'intervention de Georges Blokkeel: 

Georges Blokkeel.

Qu’attendre du théologien, sinon un travail de discernement. On ne sera donc pas étonné d'entendre, dans cette première intervention, Georges Blokkeel procéder par accumulation de questions plutôt que par succession de vérités proclamées. 

Les croyants (nous parlerons ici des catholiques que nous sommes), veulent proposer cherchent à poser une parole de foi pour aujourd'hui. Recevant les questions posées par les nouvelles cultures et nouveaux modes de vie, prenant appui sur la réflexion théologique et la recherche biblique nous essayons de rendre compte de notre foi  au Dieu de Jésus-Christ.

Qu’on le veuille ou non, nous vivons la mondialisation, nous sommes dedans.. Nous sommes d’abord appelés à un discernement. Discerner dans le Nouveau Testament, c’est mettre à l’épreuve, examiner, estimer. On discerne les signes des temps (Luc 12, 56… repris par Jean XXIII). On discerne la volonté de Dieu, en ne se conformant pas au monde présent (Romains 12) etc. Nous sommes appelés à un discernement moral, dont nous n’avons pas l’exclusivité. Avec d’autres, croyants ou non, nous partageons les mêmes valeurs, les mêmes aspirations. Pourtant notre discernement s’enracine aussi dans la foi qui est la nôtre.

Première partie : 
Dans ce processus de mondialisation que nous vivons, que devient l’homme ? 

Œ  le rapport de l’homme à lui-même est changé.  


Y a-t-il croissance en humanité?


De nombreuses voix s'élèvent  et protestent devant l'inhumanité des pratiques actuelles.

Quelques exemples et interrogations:

ü      Sur la région Nord-Pas-de-Calais, par exemple : la liquidation des « Levis » (usine textile, 520 licenciements), est perçue comme un gâchis humain et social : ‘on nous utilise, puis on nous jette comme un paquet de linge sale’. Plus récemment Unilever à Haubourdin, ou encore HS-Cases. Cette protestation de cris trouve des échos dans des paroles d’Eglise. Par exemple :

ü      La déclaration du Comité Épiscopal pour la Mission Ouvrière, le 1er mai 2000 : “ce qui se passe aujourd’hui ne résulte pas de la fatalité, mais de choix économiques et politiques conscients. D’autres choix qui servent davantage le bonheur et l’épanouissement du plus grand nombre sont possibles”.

ü      L’Action Catholique Ouvrière de Roubaix écrivait, en juin 99 : “en résistant ensemble, nous sommes une multitude de grains de sable qui usent l’engrenage de cette société où le pouvoir financier écrase la dignité. Lutter pour que chacun ait sa place, soit respecté dans sa dignité, pour bâtir une société plus fraternelle, tout cela nous parle du Dieu que Jésus-Christ nous fait connaître”. 

ü      La déclaration de l’équipe pastorale de Roubaix, à l’occasion de la fermeture de la Lainière : “Ne faut-il pas s’interroger ? Jean-Paul II parle de l’existence de structures de péché. Les circuits financiers devenus insaisissables ne sont-ils devenus une de ces structures, quand ils ne font plus de l’argent que pour l’argent ? Et l’homme la-dedans, les hommes, des produits jetables ?, que faire ? Pour nous, catholiques de l’an 2000, en cette année du Jubilé, celui-ci nous convoque à mettre au centre de tout la personne humaine, parce que c’est en elle que Dieu lui-même est venu habiter. C’est notre foi en Jésus-Christ, fils de l’homme et fils de Dieu”

ü      Ce cri de protestation, nous le retrouvons au centre du message de Jean-Paul II pour la journée de la paix, le 1er janvier 2000. C’est aussi au cœur du prochain congrès du MCC (Mouvement des Cadres Chrétiens) : hommes et femmes, projets et acteurs de l’économie.

Il ne faut pas être chrétien pour refuser que l’homme devienne une marchandise, un produit jetable, mais notre foi orte en elle, d’une manière constitutive, la révélation de la dignité de l’homme à l’image de Dieu, et l’obligation de défendre cette dignité partout où elle est menacée ou niée. Voir aussi lettre aux catholiques de France, quand les évêques refusent que soient dissociés la cause de Dieu de la cause de l’homme.

L'homme en lui-même: nous avons aussi évoqué la disparition des repères, l’apparition de nouvelles normes ; le risque de repli en tous domaines, la perte d’intériorité et développement de l’individualisme; le risque du repli identitaire etc.

  Les relations des hommes entre eux:
Que deviennent les relations sociales?


Le politique, comme art de gérer les relations des hommes entre eux est à renouveler  

 Les disparités se sont aggravées entre riches et pauvres, au sein des nations développées comme entre nations. Croyants, nous ne pouvons pas en prendre notre parti, mais devons refuser ces disparités. Nous faisons référence au Christ qui invite au partage, qui a partagé notre condition humaine, à aimer comme il nous a aimé, à être attentifs aux démunis… Nous croyons en un  Dieu qui est présent à nos côtés, qui aime chaque homme, chaque femme et désire leur bonheur ; l’évangile nous invite à rejeter toute forme d’exclusion.

        Pour nous cependant, refuser les effets pervers ou les dérives de la mondialisation, ce n’est pas refuser cette mondialisation et les apports qu’elle peut représenter. Jean-Paul II, dans son message à l’assemblée du MMTC (Mouvement Mondial des Travailleurs Chrétiens) commence par dire : “si la mondialisation économique, le développement technologie offre de réelles possibilités de progrès, il n’en multiplie pas moins en même temps des situations de chômage, de marginalisation et d’extrême pauvreté”. Ayons à l’esprit la complexité des situations et des appréciations que nous pouvons porter sur un tel phénomène. Si la mondialisation est un fait, nous pouvons nous interroger sur « au service de qui cette mondialisation peut-elle se mettre ? »

Dans la pensée sociale de l’Eglise aujourd’hui, apparaît une insistance très forte pour défendre une mondialisation dans la solidarité et sans marginalisation. Voir les interventions su Saint Siège apurés des organisations internationales.            
Il nous faut poser la question du politique. Vous parler de la domination du politique par le capitalisme. La vraie démocratie ne serait-elle pas un enjeu de la mondialisation ? Certains y voient une chance d’autres non. Est posée la question de la dette, de l’immigration. Le théologien n’a pas à reprendre les analyses des spécialistes, mais au moins, à les connaître. La mondialisation entraîne-t-elle vraiment l’effacement du politique ? Comment aujourd’hui, faire droit au bien commun qui doit primer sur l’intérêt individuel ou particulier ? Peut-on le faire sans prendre en compte le politique ? Ceci est une question de théologie morale. Relire la déclaration de la commission sociale de l’épiscopat : réhabiliter le politique.

ŽLe rapport de l’homme à la nature.

La prise en compte de l'écologie, dans la société et dans l'Église.

 

L'avenir
 du futur

 Cet aspect passe souvent au second plan. Les monographies en parlent peu. Sont mentionnées les questions des OGM (Organismes génétiquement modifiés), la pollution industrielle, Tchernobyl, le courant El Nino, l’effet de serrer. Nous voyons apparaître dans le discours de l’Eglise la notion de développement durable. Quelle responsabilité avons-nous envers les générations futures ? La déclaration de la Commission sociale de Janvier 2000 sur le respect de la Création questionne : "qu’avons-nous fait de notre planète ? Nous en avons tiré notre vie en mettant en valeur ses capacités cachées, en utilisant les ressources qu’elle offre. Nous avons entendu l’appel de Dieu : croissez, multipliez, emplissez la terre, soumettez-la. Les progrès scientifiques et leurs applications technologiques ont modifié le rapport ancestral entre l’homme et la nature. Ils ont modifié nos conditions de vie et par là nos mentalités. Ne nous sommes-nous pas comporté comme des prédateurs au détriment des générations qui suivent ?…” au n° 12 : l’homme n’est pas le maître absolu de la Création. S’il a le droit d’en user, il n’a pas celui d’en abuser. Il doit en être l’intendant et le gestionnaire responsable. C’est une gérance qui lui est confiée, afin qu’il la fasse fructifier et qu’il rende la terre habitable pour tous. Il y a là référence au texte du Lévitique, pour qui la terre appartient à Dieu. Jean-Paul II dans l’encyclique sur la Question Sociale, n° 34 écrit : la domination accordée par le créateur n’est pas un pouvoir absolu et on ne peut parler de liberté d’user et d’abuser, et de disposer des choses comme on l’entend.

Deuxième partie. 
Uniformisation des pensées, cultures et religions 
ou relations qui prennent en compte les différences? 

Œ Universalisme et  monoculture : ne pas confondre!

Si nous sommes persuadés que les diversités continuent d’exister, l’approche globalisante risque de gommer cette diversité, voire même d’engendrer une uniformisation, une monoculture, qui serait celle de la puissance dominante. (Voir la réflexion philosophique sur mondial et universel). Cela prend chez nous la forme d’un antiaméricanisme prononcé. En même temps, la dimension universelle qu’évoquent les termes mondialisation ou globalisation, ne rejoint-elle pas une des caractéristiques de la religion chrétienne, qui se dit et se veut universelle ? 

La dimension universelle du catholicisme n’est-elle pas dans le sens du courant de la mondialisation ? Peut-on rapprocher l’impérialisme américain dont on pense devoir se défendre et l’universalisme catholique ? Quel universalisme sommes-nous appelés à vivre en Église. 

L’universalisme de l’Eglise n’est pas celui d’une multinationale. Le pape est garant de l’unité faisant des liens entre des églises locales très inculturées ? Le texte de la commission Justice et Paix suggère trop rapidement semble-t-il, une grille d’évaluation de la globalisation et de l’universalisme qu’elle provoque en opposant Babel et Pentecôte : c’est un peu rapide, mais nous-mêmes nous vivons sur ce même registre d’opposition.

 Quand il s’agit de donner une âme à la mondialisation.  

On voit apparaître un thème récurrent dans les documents romains : l’humanité perçue comme une famille : la famille des nations. Jean-Paul II, 1 janvier 2000. “l y aura la paix, dans la mesure où toute l’humanité saura redécouvrir sa vocation originelle et être une unique famille, où la dignité et les droits des personnes soient affirmés comme antérieurs et prééminents par rapport à toutes les différenciations et spécifications. Le contexte actuel, marqué par les dynamismes de la mondialisation peut recevoir de cette prise de conscience son âme, son sens et son orientation…. Un tel processus n’est pas sans risque, mais on y trouve des occasions extraordinaires et prometteuses de faire de l’humanité une seule famille fondée sur les valeurs de justice, d’équité et de solidarité.”

Ž Pluralisme religieux:

uniformisation ou prise en compte des différences?



Un apprentissage du dialogue

A quel Dieu faisons-nous référence?

Si la mondialisation c’est la circulation des personnes et des idées, elle a entraîné la présence d’un pluralisme religieux qui n’est pas sans difficultés pour notre vie sociale. Au-delà de ces difficultés sociales, comment vivons nous dans les communautés chrétiennes ce pluralisme ? Avec résignation devant une cohabitation inévitable et imposée ? Dans un esprit de dialogue… quel en est le projet et le contenu ? Ce dialogue n’est pas sans risque pour notre foi. Il peut y avoir des impasses, des dérives. Vatican II valorisait une nouvelle attitude à l’égard des religions non-chrétiennes : reconnaître ce qui est vrai et sains dans les religions, tout en annonçant le Christ, chemin, vérité et vie. Le pas supplémentaire franchi à Assise, où la démarche de respect des autres croyants et non plus d’intolérance au nom de la vraie religion apparaît. Conviction exprimée que, quelque soient leurs divergences doctrinales, les religions devraient partager  le même désir de paix. Dans ce processus, de nombreuses initiatives de dialogue inter religieux, dans le quotidien et champ de social ou de l’humanitaire, dans le champ de la réflexion théologique, ou à l’occasion d’échanges spirituels. Une réflexion de Christophe Roucou, la foi à l’épreuve de la mondialisation, sous-titre : la mission a-t-elle encore un sens. Il y avait une insistance à savoir rester latin, c’est-à-dire “étranger” en terre égyptienne, pour demeurer libre de nos relations avec les musulmans, comme avec les coptes orthodoxes ; mais ne pas rester enfermés, l’exigence de l’action pour la justice et le développement pour communiquer la charité de Dieu à tous les hommes et à toutes les nations : “rester latin en Egypte” exprime en forme de raccourci les écueils du dialogue inter religieux : comment éviter les retours toujours possibles à l’intolérance et à l’inverse, les réductions etc. séductions d’un relativisme qui ne ferait plus droit aux exigences centrales de la foi chrétienne.

Conclusion : comment donner une dimension spirituelle, chrétienne au combat ou à l’engagement de tous ceux qui s'impliquent dans le champ social ou politique ? Dans la complexité des questions de notre temps, comment retrouver une culture de débat, voire de l’affrontement ? De fait, la mondialisation appelle à un discernement moral, il nous faudra aller plus loin. J’en appelle à frayer un chemin à une nouvelle inculturation de la foi. Irons-nous jusqu’à entrevoir un visage jusqu’ici peu perçu de notre Dieu ? Il est sans doute aujourd’hui prématuré de le dire, mais la question mérite d’être posée, si du moins nous considérons la période qui est la nôtre comme apportant une réelle nouveauté à l’histoire humaine. Ce serait alors faire œuvre de théologie, et cela demande du temps.

Petit lexique des abréviations : MCC : mouvement des cadres chrétiens. (A consulter: http://mcc.cef.fr/activites/congres)
CEMO : comité épiscopal pour le monde ouvrier. MMTC : mouvement mondial des travailleurs chrétiens.

Documents cités:
L'état du monde, éditions la Découverte
Mondialisation, au-delà des mythes. La Découverte 1997
Relations internationales contemporaines, un monde en perte de repères. Jean-Paul Chagrolland, L'Harmattan 1999 Alternatives économiques (mensuel)
Maitriser la mondialisation Cerf, Commission Justice et Paix -France.
L'Eglise et la Globalisation, étude réalisée par Joseph Joblin, S.J., de l'université grégorienne de Rome, en seconde partie  l'étude reprend des textes du magistère, de Pie IX à nos jours. Voir le site: http://www.globaleduc.org/mondialization.htm 
Faut-il avoir peur de la Mondialisation. Mgr Albert Rouet, Paris, DDB, Août 2000

 Les croyants de la Bible et leur rapport aux nations. 

Comment le peuple d’Israël a-t-il vécu l’ouverture à l’universel ?


 
Amos   

Il n'est pas inutile de relire les textes de la Bible, et de repérer comment des croyants, à différentes époques de l'histoire ont vécu et exprimé une parole croyante. Que ce soit la tribu qui fuit l'Egypte avec Moïse, ou la constitution d'un Royaume respecté, au temps de David, Saül et Salomon, que ce soit le royaume de Samarie ou de Juda, que ce soit Judas Maccabée ou l'apôtre Paul, ils nous ont laissé des traces de leurs rapports aux autres nations ou civilisations. 

Dans un premier temps, nous nous arrêterons à un moment de cette ouverture : le livre d’Amos. 
Ce qui suit est la proposition faite aux participants de lire deux textes (Premier livre des Rois, ch. 22 et Amos, ch. 1 et 2). Fin décembre, sera développée l'étude de ces textes. (Cette étude n'est pas encore intégrée dans ce document).

Lire...
avec quelques questions
en tête.

1)      La création d’un état avait amené à percevoir Yahvé comme le “dieu national”. 
Des textes comme 1 R 22 gardent la mémoire de cette manière de concevoir ce dieu et ses relations avec son peuple. En vous en tenant à 1 R 22, 1-28 :

a.      A quelle question ce texte cherche-t-il à donner réponse ?

b.     Sur quelle image de Dieu s’appuie-t-il pour cela ?

2)    Le livre d’Amos s’inscrit dans cet univers. 
Il y apporte des déplacements considérables.

Dans les chapitres 1 et 2 d’Amos, (en vous en tenant aux oracles contre Damas, Gaza, Ammon, 
Moab et Israël), repérer :

Quels traits communs

* Quels déplacements repérez-vous dans la manière de se représenter dieu, ses relations avec son peuple et les nations voisines ? (Prêtez attention aux reproches adressés: Dans quels domaines de la vie sont-ils situés ?)

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